Depuis trois mois, les vidéos du magasin Leclerc de Pont l’Abbé (Finistère) dépassent régulièrement le million de vues. Un succès sur les réseaux sociaux qui fait figure d’exception dans le secteur de la distribution.
A 53 ans, Thomas Cambou est un peu dépassé par sa soudaine popularité. “Je passe mon temps à prendre des selfies dans le magasin. On est un peu des stars locales”, plaisante le responsable marketing digital du Leclerc de Pont l’Abbé, dans le Finistère. Pour preuve, les millions de vues qui s’accumulent chaque jour sous les vidéos du magasin sur Instagram depuis bientôt trois mois.
Tout est parti d’une vidéo en avril dernier. On y voit un court extrait d’un taureau propulsant un passant. Via une transition parfaitement maîtrisée, un employé se retrouve brusquement dans un rayon de Leclerc, avant de détailler la promo de la semaine. “Tous les mercredis au Leclerc de Pont-l’Abbé, c’est journée star”, lance Thomas Cambou. “Cette semaine, c’est 34% en ticket Leclerc sur les jus de fruit”, poursuit-il.
“D’un coup, la vidéo a buzzé”
Un véritable succès. La vidéo cumule plus de 300.000 vues sur Instagram. C’est dix fois plus que les contenus précédemment partagés par le compte du magasin.
“Nous ne nous attendions pas vraiment à ça. Nous avons tout simplement repris une tendance qui existait sur la plateforme, et nous l’avons adaptée au magasin. Et d’un coup, la vidéo a buzzé”, s’enthousiasme-t-il.
Depuis, le profil de l’hypermarché bat des records d’audience. En moyenne, les publications Instagram du Leclerc dépassent facilement les 200.000 vues. La dernière production de l’hypermarché caracole à plus de 8 millions de vues en 48 heures. “Rien qu’avec cette vidéo, nous avons gagné 11.000 abonnés”, précise Noémie Jégou, qui épaule Thomas Cambou depuis 2020.
En effet, Thomas Cambou, qui gère les réseaux sociaux de l’hypermarché breton depuis 2015, a rapidement flairé le bon filon. Il a donc répliqué le concept de sa célèbre vidéo sur d’autres publications. Le principe est toujours le même: la publication montre une vidéo drôle, souvent d’un objet ou d’un homme qui tombe. Et, grâce à un montage astucieux, la saynète se poursuit dans le Leclerc du Pont l’Abbé.
“Nous avons un stock d’une vingtaine de vidéos humoristiques à utiliser. Ensuite, nous essayons de les détourner pour qu’elles correspondent aux promotions”, détaille le chargé de communication.
Un chiffre d’affaires en hausse
Chaque matin, avant l’ouverture du magasin, les deux compères filment leurs vidéos. “Nous ne tournons jamais plus de trois prises. Ça nous prend environ cinq minutes, puis il y a le montage”, décortique le cinquantenaire. Montre en main, l’équipe en aura eu pour 30 minutes de réalisation.
Et le succès sur les réseaux sociaux se confirme en magasin. Chaque semaine, tous les magasins Leclerc de France proposent une “journée star”, un jour où un rayon spécifique du magasin est en promo. Et les deux stars du web n’oublient pas d’en faire la promotion sur Instagram, Tiktok ou Facebook.
“Nos journées stars explosent tous les chiffres d’affaires de la région”, se félicite Thomas Cambou. “Lorsque nous comparons les performances des établissements de la région le lendemain de l’opération, c’est simple: nous sommes toujours les premiers.”
En effet, ce que les internautes disent sur le web est devenu un enjeu économique essentiel pour les marques. La majorité des distributeurs ont donc adopté une stratégie numérique et mettent en scène leurs employés. Sur Tiktok, par exemple, il est devenu courant de voir les caissiers des magasins Leclerc ou Carrefour s’essayer à des contenus humoristiques.
De célèbres ratés
Pourtant, les supermarchés peinent à adopter les codes de ces nouvelles plateformes. Avec quelques célèbres ratés, comme la vidéo du magasin Carrefour Villejuif publiée en septembre 2013. Sur les images, deux comédiens se déclarent leur amour entre les files d’attente des caisses, sur la chanson de La Belle et la Bête de Walt Disney. Une scénographie organisée pour les 50 ans du magasin Carrefour de Villejuif, qui a suscité quelques moqueries en ligne.
Et ce n’est pas le seul raté de l’enseigne. En 2018, c’est une vidéo du magasin Carrefour des Eleis à Cherbourg (Normandie) qui provoque des commentaires moqueurs sur les réseaux sociaux. On y voit des employés rapper pour vanter les services proposés par leur supermarché, dans une prestation pour le moins perfectible.
Dans ce paysage peuplé de vidéos reçues avec une certaine ironie, le magasin Leclerc de Pont l’Abbé fait donc figure d’exception. “Les réactions sont très positives”, assure Noémie Jégou. “Nous avons une communauté très bienveillante.” Pour preuve, les nombreux commentaires d’internautes qui affirment vouloir rouler des centaines de kilomètres pour venir faire leurs courses en Bretagne.
“Lorsque nous ne publions pas, certains nous demandent s’il y a un problème, ils s’inquiètent”, raconte Thomas Cambou. “Il y a une vraie demande autour de nos vidéos.”
Ce week-end, le compte Instagram du Leclerc de Pont l’Abbé a dépassé les 60.000 abonnés. Sans surprise, le duo a fêté ça… avec une story sur Instagram.