L’édito
© Cigref « L’hébergement multicloud constitue une réponse stratégique pour concilier flexibilité et maîtrise des dépendances » Par Emmanuel Sardet, Président du Cigref La transition vers le cloud, au cœur de nombreuses stratégies numériques, représente bien plus qu’un simple changement technologique : elle est une véritable redéfinition de nos modes d’organisation, de collaboration et de gestion des données. Ce mouvement, motivé par des promesses d’agilité, de rapidité et d’optimisation des coûts, trouve aujourd’hui ses limites dans des défis techniques, humains et stratégiques. Si les projets de migration progressent, l’heure est venue de dépasser le discours commercial pour en analyser les nuances. Comme le souligne le Cigref dans un récent rapport « Migration dans le cloud : point d’étape », le passage au cloud exige des arbitrages éclairés : quels workloads doivent migrer, et lesquels doivent rester on-premise ou dans des datacenters adaptés ? Les retours d’expérience de ses membres montrent que le choix de solutions hybrides ou multicloud constitue désormais une réponse stratégique pour concilier flexibilité et maîtrise des dépendances. Cependant, au-delà des aspects technologiques, c’est l’organisation même des entreprises qui se transforme. La migration vers le cloud demande un effort concerté entre direction, équipes techniques et métiers. Parmi les points critiques de cette mutation figure la gestion des environnements d’accueil configurés pour héberger les applications et données migrées dans le cloud. |
La régulation en actionLe projet de recommandation de l’Arcep sur la finalisation du déploiement des réseaux fibre soumis à consultation publique À la fin du troisième trimestre 2024, 39,9 millions de logements étaient raccordables aux réseaux en fibre optique jusqu’à l’abonné (FttH) en France, soit 90 % des locaux du territoire national. Ainsi, encore 1 local sur 10 reste à rendre raccordable à la fibre. Afin d’atteindre cet objectif, le cadre de régulation impose aux opérateurs d’infrastructures (OI) de déployer un réseau permettant de raccorder tous les logements et locaux professionnel des zones moins denses dans un délai raisonnable. A l’issue de ce délai et sous certaines conditions, des locaux peuvent être classés « raccordables à la demande » (l’OI dispose alors d’un délai de 6 mois pour rendre raccordable le local à la demande d’un opérateur commercial), ou non raccordables dans des cas précis ne relevant pas de la responsabilité des OI. Il s’agit notamment de cas de blocage et refus de tiers (propriétaires, syndic de copropriété…) dûment justifiés. Toutefois, les échanges avec les opérateurs montrent qu’il existe des interrogations sur la manière dont ces situations de refus sont identifiées et justifiées. L’Arcep a donc souhaité apporter des précisions à ces dispositions du cadre réglementaire et, en novembre, a soumis à consultation publique son projet de recommandation sur la mise en œuvre de « l’obligation de complétude » des réseaux fibre des opérateurs. Les réponses des parties prenantes sont attendues d’ici le 20 décembre. Ces échanges permettront d’offrir aux acteurs du secteur la vision la plus claire possible des exigences auxquelles ils doivent répondre et de s’assurer que tous les locaux soient rendus raccordables à la fibre optique dans les meilleurs délais et conditions. |
DatarcepL’évolution de la rémunération des marchands de presse, un chantier de régulation central afin de veiller à une couverture large et équilibrée du réseau des points de vente Adoptée en 2019, la réforme de la loi Bichet visait la modernisation de la distribution de la presse et confiait à l’Arcep sa régulation. Le législateur a notamment souhaité renforcer l’attractivité du métier de marchand de presse : d’abord, en donnant aux détaillants plus de souplesse dans le choix des titres qu’ils proposent à la vente ; ensuite, en confiant à l’Arcep la compétence pour fixer les conditions de leur rémunération. La baisse constante du nombre de points de vente, depuis de nombreuses années (voir le graphique ci-dessous), est en effet une préoccupation majeure du secteur, en raison de l’importance cruciale de la vente au numéro pour la très grande majorité des éditeurs et pour le pluralisme de la presse. Les points de vente assurent aussi la continuité territoriale de l’accès à la presse, et favorisent le renouvellement de l’offre en permettant aux lecteurs de découvrir de nouveaux titres. |
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Environ un quart des exemplaires de presse vendus en France le sont via ces points de vente (les trois quarts restants se partageant majoritairement entre abonnements papier et numérique). Ces données illustrent le besoin impérieux d’améliorer l’attractivité du métier de marchand de presse afin de préserver ce réseau essentiel. En novembre, l’Autorité a ainsi invité les acteurs de la filière à engager des négociations commerciales avec pour objectif la revalorisation du taux minimal de commission (touchée sur les ventes réalisées) des marchands qui contribuent le plus aux objectifs de couverture et de pluralisme de la presse. Le résultat de ces négociations est attendu le 14 mars 2025. Dans le même temps, en ce mois de décembre, l’Arcep a mis en consultation publique deux mesures visant notamment à faciliter pour les marchands de presse la perception de leur rémunération. |
Pour un numérique soutenable
A droite, Sandrine Elmi-Hersi, lors d’une table-ronde organisée sur l’empreinte environnementale de l’industrie vidéo-ludique à la Paris Games Week. Jyros : premier guide de l’écoconception des jeux vidéo, inspiré des travaux de l’ADEME et l’Arcep Interpellée par les publications documentant l’impact environnemental croissant du numérique, la filière du jeu vidéo prend conscience des enjeux et des problématiques spécifiques à son secteur. Ainsi est né Jyros, un guide de bonnes pratiques s’inspirant notamment du Référentiel général de l’écoconception des services numériques (RGESN) publié en début d’année. Accompagné d’un calculateur en ligne, il permet aux acteurs de l’industrie vidéo-ludique d’estimer leurs impacts et d’activer des leviers efficaces de réduction. L’Arcep salue et accompagne ce mouvement. Son expertise sur la mesure des impacts, doublée de celle de l’ADEME, a permis d’identifier des actions prioritaires dont plusieurs sont pertinentes pour le jeu-vidéo. C’est à ce titre que ses agents étaient invités à présenter leurs travaux lors de deux rendez-vous clés pour l’industrie du jeu vidéo : le Game Camp de Lille en juin et la Paris Games Week en octobre dernier. « Notre objectif est d’attirer l’attention de la filière sur l’importance des émissions liées notamment à la fabrication des consoles et équipements connexes, précise Sandrine Elmi Hersi, cheffe de l’unité Internet ouvert de l’Arcep. Il faudrait remettre en question les pratiques commerciales et techniques qui contribuent au renouvellement anticipé des terminaux, comme l’obsolescence logicielle (un problème commun à tout le numérique), les exclusivités incitant à l’achat de plusieurs consoles ou l’absence de rétrocompatibilité, et promouvoir l’écoconception dont les bénéfices ne sont pas qu’environnementaux. » Lutter contre ces pratiques améliorerait en effet l’expérience des joueurs qui pâtissent, par exemple, de jeux longs à télécharger, d’exclusivités qui les privent d’une partie du catalogue ou qui amputent leur pouvoir d’achat. L’émergence de l’IA, de plus en plus utilisée dans le développement des jeux, ajoute une inconnue au diagnostic réalisé aujourd’hui. Aussi, l’ADEME a lancé une étude de mesure d’impact qui permettra de connaître précisément le poids du jeu vidéo dans notre empreinte carbone. D’ici là, l’Arcep (qui fait partie du comité de suivi du projet de l’ADEME) encourage tous les acteurs à sensibiliser les joueurs. Atout majeur de l’industrie : la popularité récente des jeux indépendants, en général légers et peu gourmands en puissance de calcul, qui contribuent à réinventer des imaginaires moins carbonés. Pour en savoir plus : |
Ailleurs dans le monde
Un rapport de l’OCDE sur les bénéfices et risques de l’IA appelle à définir des « règles claires » et des « lignes rouges » A deux mois du sommet sur l’IA qui doit se tenir à Paris en février prochain, l’OCDE a publié un rapport détaillé faisant la synthèse de différentes recherches et points de vue d’experts sur les bénéfices attendus et les risques du développement de l’IA. L’objectif : permettre aux décideurs politiques de définir des « règles claires » et des « lignes rouges » qui prennent en compte les implications à moyen et long terme de cette technologie afin qu’elle bénéficie à l’intérêt général. Pour le groupe d’experts de l’OCDE à l’origine du document, le législateur doit avoir en tête ce qui constitue véritablement la valeur ajoutée de l’IA, à savoir, en premier lieu, l’accélération du progrès scientifique, puis les promesses de gains de productivité. Avec un cadre réglementaire adapté, les auteurs imaginent également que l’IA pourrait aider à améliorer les conditions de vie de l’ensemble de la population, tout en soulignant que l’IA avait au contraire aujourd’hui tendance à augmenter les inégalités entre les pays et les différentes catégories de travailleurs. De la même manière, elle pourrait aider à résoudre des problèmes urgents et complexes comme le changement climatique, mais, en l’absence de régulation, elle impose pour le moment « un fardeau environnemental » supplémentaire. Outre son empreinte environnementale, le rapport insiste sur la présence de dix risques sociétaux à traiter prioritairement, et notamment : la plus grande sophistication des menaces de cybersécurité, les atteintes à la démocratie et à la cohésion sociale du fait de la multiplication des tentatives de manipulation et de désinformation, la concentration du pouvoir dans un petit nombre d’entreprises, le renforcement d’outils de surveillance portant atteinte à la vie privée, ou encore la complexité croissante de modèles d’IA qu’il devient difficile d’expliquer et de comprendre. De ces risques émergent des recommandations que le rapport invite les décideurs politiques à considérer, comme l’exigence de transparence du code source des systèmes d’IA les plus risqués, l’atténuation des distorsions de concurrence injustes qu’ils provoquent, ou encore la mise en place d’une gouvernance impliquant directement la société civile. |
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La pépite à partagerLes besoins croissants en métaux du numérique questionnés par l’ADEMEEn octobre, l’ADEME a publié son « étude des besoins en métaux dans le secteur numérique ». Cette analyse inédite permet d’établir la composition matière d’équipements du numérique, de cartographier notre dépendance aux métaux stratégiques ainsi que le devenir des équipements en fin de vie. L’agence souligne ainsi la forte concentration de l’extraction de métaux dans une poignée de pays, en situation de quasi-monopole pour l’extraction de la plupart des métaux étudiés ; des conflits d’usage entre la transition énergétique et la transition numérique qui requièrent des métaux identiques ; une filière de recyclage sous-investie (et même inexistante pour la moitié des métaux considérés dans l’étude) ; et une faible prise en compte des risques sociaux induits par les activités minières et la gestion des déchets (délocalisation des risques sanitaires, travail des enfants, discriminations envers les travailleurs migrants). L’étude recommande de rendre les chaînes de valeur plus transparentes afin de pouvoir mieux mesurer les impacts socio-environnementaux associés aux étapes de fabrication des équipements numériques. Elle recommande aussi la mise en place d’une stratégie de souveraineté présentant des synergies avec le développement de filières de recyclage (faisant écho au concept de « mines urbaines »), et de pratiques de sobriété sur les usages et la conception des équipements. |
L’Arcep raconte
Vivien Guéant, lors de la présentation des travaux de l’Arcep sur les codecs vidéo au Game Camp de Lille. Les codecs vidéo, un outil méconnu permettant de diminuer le poids des vidéos pour les utilisateurs et les infrastructures Aujourd’hui, la majeure partie du trafic sur internet est liée au visionnage de vidéos : il représente au moins 66 % du trafic internet en 2023, selon le rapport de Sandvine « The Global Internet Phenomena Report » (qui ne comptabilise pas les contenus vidéo partagés sur les réseaux sociaux). Ces vidéos sont systématiquement compressées par un codec vidéo, dispositif d’encodage et de décodage. Il existe plusieurs codecs vidéo répondant à une variété de besoins techniques (support par le terminal ou le navigateur) et commerciaux (licence ouverte ou payante). Or, tous n’ont pas la même efficacité pour l’optimisation des flux vidéo et de la consommation énergétique qu’ils font peser sur les infrastructures et les terminaux utilisateurs. « Comme nous l’avons détaillé dans le rapport de l’état d’internet en France ou plus récemment dans l’étude sur les impacts environnementaux des usages audiovisuels réalisée avec l’Arcom, l’adoption de codecs efficaces par tous les acteurs produirait des effets importants pour la réduction de l’empreinte environnementale de la vidéo », explique Vivien Guéant, expert au sein l’unité « Internet ouvert » de l’Arcep. En mai, l’Arcep et l’Arcom, en collaboration avec l’ADEME, la DINUM, la CNIL et l’Inria, avaient approfondi cette analyse en publiant le Référentiel général de l’écoconception des services numériques, un document destiné aux experts et métiers du numérique souhaitant mettre en œuvre une démarche d’écoconception pour un service (sites, applications, IA, logiciels, API). « Ce référentiel fournit des indications précises pour choisir le bon codec, poursuit Vivien Guéant. Il facilite aussi la mise en place d’autres bonnes pratiques dépendant du contexte de visionnage de la vidéo, comme le choix du bon mode de compression, l’adaptation de la définition de la vidéo ou encore le mode en “écoute seule”, qui répondrait à plusieurs pratiques répandues comme l’écoute de musique via le streaming vidéo et permettrait de diviser par 40 la taille des données échangées et de mettre en veille l’écran du terminal afin d’économiser l’usage de sa batterie. » Pour partager ces différents enseignements à l’ensemble de l’écosystème numérique, les équipes de l’Arcep multiplient désormais les interventions, donnant aux différents types d’acteurs les clés pour s’approprier cet outil : les salons Vivatech, le Game Camp, Planet Tech’Care, Numériques en commun, le Forum de la Gouvernance d’internet… L’Arcep cherche aussi à évaluer précisément l’efficacité des codecs selon les contextes d’utilisation. Elle appuie ainsi une initiative inédite du PEReN visant à mesurer la consommation électrique de nos équipements en fonction du codec, de la définition et du nombre d’images par secondes de la vidéo visionnée. Les résultats de ce pôle d’expertise de l’Etat paraîtront au premier semestre 2025 (Le Post en fera l’écho dès leur sortie). Pour en savoir plus : |
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On y a participé26 novembre 2024, ParisIntervention au TRIP d’automne 2024 de l’AVICCA Olivier Corolleur, directeur général de l’Arcep, est intervenu à la table-ronde du TRIP d’automne de l’AVICCA sur la « viabilité économique des RIP ». La FNCCR, qui animait les discussions, en a profité pour présenter son étude 2023 sur l’économie des RIP. Cette étude et les données recueillies par ailleurs auprès des opérateurs sont des ressources essentielles pour faciliter les négociations entre acteurs, d’autant plus importantes qu’elles traitent d’un enjeu majeur pour l’attractivité des territoires. 4 décembre 2024, ParisParticipation au salon 2024 « Presse & Médias au futur » Sarah Jacquier-Pelissier, membre du collège de l’Arcep, est intervenue lors du déjeuner organisé le 4 décembre dernier, dans le cadre de l’édition 2024 du salon « Presse & Médias au Futur ». Elle y a présenté l’action de l’Autorité au cours de l’année écoulée en matière de distribution de la presse, évoquant notamment les travaux relatifs à la définition des règles de comptabilisation des coûts applicables aux sociétés agréées de distribution ou encore ceux relatifs à la fixation des conditions de rémunération des marchands de presse. 5 décembre 2024, ParisIntervention au Forum du Marketing Digital Xavier Merlin, membre du collège de l’Arcep, est intervenu à la conférence « L’expérience client à l’heure de l’écoconception » lors du Forum du Marketing Digital, organisé par Alliance Digitale. Il y a rappelé les grands enseignements de l’Arcep, l’ADEME et l’Arcom sur les impacts environnementaux du numérique et les recommandations élaborées publiées cette année dans le RGESN (Référentiel général de l’écoconception des services numériques). Des représentantes de France Télévisions, des applications numériques de la SNCF et d’une agence de Publicis ont ensuite témoigné de la manière dont elles s’appropriaient ces recommandations dans le cadre de leurs activités. 5-6 décembre 2024, Ljubljana (Slovénie)Participation à la plénière du BEREC A Ljubljana, en Slovénie, Laure de La Raudière, présidente de l’Arcep, et Emmanuel Gabla, membre du collège de l’Arcep, ont représenté l’Autorité lors de la quatrième réunion plénière – pour l’année 2024 – de l’Organe des régulateurs européens des communications électroniques (ORECE ou BEREC en anglais). A l’occasion de cette plénière, le Rapport sur les indicateurs de connectivité pour le Programme Politique de la Décennie numérique et le Rapport sur l’écosystème de l’interconnexion IP, pour lequel une grande collecte d’information à l’échelle européenne sur les accords d’interconnexion des FAI européens a eu lieu – une première, ont notamment été adoptés. 10 décembre 2024, ParisIntervention à la présentation du Baromètre « La fibre en entreprise » Xavier Merlin, membre du collège de l’Arcep, est intervenu lors d’une conférence accompagnant la prochaine publication du Baromètre 2024 « La fibre en entreprise » réalisé par IFOP pour Covage et Infranum. Ce baromètre, présenté en avant-première à la Banque des Territoires, suit les évolutions du marché de la fibre aux entreprises et permet notamment de mesurer l’adoption de la fibre par les entreprises. |





