Shayan Remtoulah, cofondateur de Your-Comics, examine l’influence révolutionnaire de l’intelligence artificielle sur les professions créatives. Loin de se substituer à l’humain, l’intelligence artificielle s’impose comme un « compagnon de travail » redéfinissant les modèles économiques des agences et favorisant un recours accru au conseil ainsi qu’à l’expertise humaine.
Une transformation industrielle majeure au sein des agences créatives
« L’intelligence artificielle constitue en quelque sorte notre révolution industrielle. » « Il s’agit d’un bouleversement comparable à l’avènement de la machine à vapeur, qui transforme intégralement le paysage », considère Shayan Remtoulah. Cette métamorphose profonde autorise désormais la « production de vidéos comparables à celles d’Hollywood » depuis son domicile ainsi que la « création de visuels à une rapidité exceptionnelle ».
Cette progression technologique impose aux agences de réévaluer leur modèle économique. « Il n’est désormais plus possible de se limiter à la simple vente de production ou de création visuelle. » « Ces tâches font l’objet d’une automatisation croissante », précise le cofondateur de Your-Comics. La valeur ajoutée se concentre dorénavant sur le conseil et l’expertise humaine, l’intelligence artificielle étant incapable de fournir des recommandations malgré ses aptitudes en matière de production.
L’intelligence artificielle en tant que « partenaire de travail » créatif
Au-delà d’un simple accroissement de la productivité, l’intelligence artificielle se manifeste comme un « véritable compagnon de travail ». « Le véritable avantage réside dans l’expansion de notre créativité », souligne Shayan Remtoulah. Cet outil offre la possibilité d’expérimenter « des centaines de déclinaisons » d’un style artistique en un temps record, faisant ainsi de l’IA un « immense tableau de bord pour l’exploration artistique ».
Au sein de Your-Comics, la répartition des responsabilités demeure explicite : « l’humain est le maître à bord » en ce qui concerne la vision et l’émotion, tandis que l’intelligence artificielle prend en charge les « tâches de fond », telles que la génération d’arrière-plans ou de textures. « Il est toujours de la main de l’artiste que procède la mise en vie de l’ensemble », précise l’entrepreneur.
Les dangers liés à l’uniformisation et à la dépendance
La diffusion étendue de l’intelligence artificielle suscite d’importantes inquiétudes. « Le premier péril réside dans ce que je désigne comme l’uniformisation des esprits », met en garde Shayan Remtoulah. L’emploi des mêmes outils accompagnés des mêmes invites est susceptible de générer « des images qui se ressemblent », compromettant ainsi l’originalité créative.
D’autres enjeux se manifestent, en particulier concernant la propriété intellectuelle : « Il demeure incertain de déterminer qui est l’auteur d’une œuvre produite par une intelligence artificielle. » « Il s’agit d’un vide juridique considérable. » L’empreinte écologique de ces modèles à forte consommation énergétique représente également une source d’inquiétude grandissante pour le secteur.
Réserves des clients et problématiques liées à la confidentialité
Les clients expriment à la fois curiosité et préoccupations à l’égard de l’intelligence artificielle. « Ils s’interrogent sur la véritable créativité du résultat ou craignent d’obtenir une image mécanique, dépourvue de personnalité », constate l’entrepreneur. La protection des données constitue un enjeu majeur, notamment en ce qui concerne les informations délicates gérées par les agences.
Afin de rassurer sa clientèle, Your-Comics privilégie une transparence absolue en précisant que « l’IA est un outil au service de notre créativité, et non un substitut ». L’agence expose systématiquement les deux alternatives — avec et sans intelligence artificielle — en laissant la décision finale au client.
Conserver l’authenticité à l’époque de l’intelligence artificielle
Confronté au risque d’uniformisation, Your-Comics a opté pour une démarche radicale : « c’est toujours l’un de nos artistes qui va concevoir un style sur mesure pour un client ». Cette approche, plus exigeante en termes de temps et de ressources, assure des réalisations « uniques et aisément identifiables », contrairement aux méthodes reposant sur la « reproduction du style de studios emblématiques tels que Ghibli ».
L’agence recourt à l’intelligence artificielle en tant que complément pour certains aspects spécifiques, toutefois, « c’est toujours notre artiste qui apporte la touche finale au dessin et qui insuffle l’âme ainsi que les émotions aux personnages ». Cette philosophie assure la préservation d’une signature graphique distinctive.
Vision 2030 : des créatifs « hybrides » sublimés par l’intelligence artificielle
Shayan Remtoulah exprime un optimisme ferme quant à l’avenir : « Les professions créatives seront sublimées, non substituées ». Il anticipe l’apparition de créatifs « hybrides », conjuguant les rôles d’« artiste, scénariste, ainsi que d’expert en intelligence artificielle », aptes à « interagir avec la machine » et à « formuler des prompts avec discernement ».
Cette mutation requiert une révision complète des cursus pédagogiques : « Il importe que les écoles d’art incorporent ces outils, non pas en tant que menace, mais comme une discipline nouvelle à maîtriser ». L’entrepreneur affirme que le projet créatif de demain sera « plus rapide, plus itératif », tout en soulignant que « la véritable créativité demeurera toujours au cœur de l’ensemble ».