WhatsApp s’ouvre aux messageries concurrentes : fin des silos ?


L’essentiel

Une révolution discrète s’annonce avec la fonctionnalité « Third-party chats » de WhatsApp, qui ouvrira l’application à des échanges chiffrés de bout en bout avec des services comme BirdyChat, Signal ou Telegram, réponse directe au Digital Markets Act. Testée en bêta sur Android, l’option, activable par l’utilisateur, permettra textes, images, vocaux et fichiers dans une boîte de réception unique ou séparée, tout en excluant pour l’instant autocollants et statuts. Le défi reste technique et sécuritaire : aligner des protocoles de chiffrement différenciés (Signal privilégié) et convaincre les concurrents. Le déploiement sera progressif (groupes et appels en 2025, vidéo en 2027), transformant potentiellement les silos des messageries en un écosystème interopérable.

Une révolution silencieuse se prépare dans l’univers de la messagerie instantanée. WhatsApp teste actuellement une fonctionnalité baptisée « Third-party chats » qui permettra bientôt d’échanger avec des utilisateurs d’autres applications comme Signal, Telegram ou BirdyChat. Cette ouverture, imposée par le Digital Markets Act européen, marque un tournant historique pour Meta et pourrait transformer nos habitudes de communication.

Une interopérabilité enfin concrète

La version bêta 2.25.33.8 sur Android intègre une fonctionnalité « entièrement optionnelle » permettant aux utilisateurs de communiquer avec des personnes utilisant d’autres applications de messagerie instantanée. De manière concrète, les utilisateurs auront la possibilité d’activer cette option au sein des paramètres, sous la rubrique « Compte > Discussions tierces ».

Cette innovation permet d’échanger des messages textuels, des photographies, des vidéos ainsi que des fichiers audio sans avoir à quitter l’application WhatsApp. Le tout en conservant le chiffrement de bout en bout, pierre angulaire de la sécurité selon Meta. L’expérience est conçue pour être personnalisable : les échanges provenant d’autres applications de messagerie pourront être présentés dans une boîte de réception unique ou distincte.

Néanmoins, certaines restrictions persistent. Les fonctionnalités avancées, telles que les autocollants ou les statuts, ne seront pas accessibles. La priorité demeure la simplicité ainsi que la compatibilité technique entre des systèmes qui ont historiquement été fermés.

Le Digital Markets Act, moteur de transformation

Le Digital Markets Act (DMA) constitue une réglementation de l’Union Européenne ayant pour objectif de promouvoir une économie numérique plus équitable et davantage concurrentielle. La réglementation a pris effet le 1er novembre 2022. Elle impose en particulier aux plateformes de messagerie instantanée WhatsApp et Messenger de débuter l’interopérabilité à compter de mars 2024.

Cette obligation réglementaire a pour objectif de mettre un terme aux monopoles numériques. Les plateformes désignées comme « contrôleurs d’accès » sont désormais tenues d’ouvrir leurs services. L’objectif : permettre aux utilisateurs européens de communiquer librement, quel que soit leur service de messagerie préféré.

En avril 2025, la Commission européenne a observé qu’Apple et Meta avaient manqué à leurs obligations conformément au Règlement sur les marchés numériques (DMA). Cette pression réglementaire justifie l’urgence avec laquelle Meta met en œuvre cette fonctionnalité d’interopérabilité.

BirdyChat, premier partenaire officiel

D’après les informations fournies par WaBetaInfo, BirdyChat se révèle être la première application déjà compatible avec ce système d’interopérabilité. D’autres messageries populaires comme Signal et Telegram sont également mentionnées comme futures partenaires potentielles.

Matrix, dont le cofondateur Matthew Hodgson a confirmé l’engagement dans des travaux relatifs à l’interopérabilité en partenariat avec WhatsApp. Néanmoins, des accords de confidentialité restreignent la divulgation d’informations relatives à ces collaborations.

La problématique relative à l’adhésion des concurrents demeure en suspens. Sur dix éditeurs de messageries interrogés, seuls deux (Snap et Discord) ont répondu… pour dire qu’ils ne feraient pas de commentaire. Les autres acteurs, tels que Google, Telegram, Viber et Signal, ont choisi de ne pas s’exprimer.

Sécurité et chiffrement : le défi technique

WhatsApp exprime le souhait que l’ensemble des services de messagerie adoptent le même protocole de chiffrement que celui utilisé par Signal. Cette exigence technique constitue un véritable défi pour l’interopérabilité.

En effet, l’ensemble des services de messagerie ne recourt pas aux mêmes protocoles de sécurité. Le chiffrement n’est pas systématiquement appliqué de manière intégrale dans d’autres contextes. Meta déclare également être disposée à envisager d’autres protocoles, sous réserve qu’ils respectent ses normes de sécurité.

« Il y a une réelle tension entre le fait d’offrir un moyen facile d’offrir cette interopérabilité à des tiers, tout en préservant la confidentialité, la sécurité et l’intégrité de WhatsApp », explique Dick Brouwer, directeur de l’ingénierie chez WhatsApp. Cette tension illustre la complexité de concilier ouverture et protection des données.

Un déploiement progressif jusqu’en 2027

Un premier niveau d’interopérabilité sera mis en œuvre : messages textuels, chiffrés de bout en bout entre deux personnes ainsi que le partage d’images, de vocaux, de vidéos ou de fichiers joints. Cette première étape constitue la base du système.

La progression vers l’intégration des groupes et des appels vocaux est prévue pour 2025, tandis que l’introduction de la fonctionnalité vidéo est envisagée pour 2027. Le calendrier s’étend ainsi sur plusieurs années, témoignant de la complexité technique inhérente au projet.

Meta sera amenée à établir des collaborations avec des services de messagerie tiers afin d’offrir l’expérience la plus sécurisée qui soit. Cette approche progressive vise à garantir la stabilité et la sécurité du système avant d’élargir les fonctionnalités.

Pour Meta, cette contrainte réglementaire pourrait se transformer en opportunité stratégique. En garantissant le maintien du chiffrement et en donnant le contrôle aux utilisateurs, l’entreprise espère préserver la confiance des Européens, souvent méfiants face à son modèle économique.

Cette initiative a également pour objectif de diminuer la dépendance à une unique plateforme. Les utilisateurs n’auront plus à naviguer entre diverses applications afin de maintenir le contact avec l’ensemble de leurs correspondants. Un gain de temps et de simplicité significatif.

Bien que la date de déploiement officiel n’ait pas encore été communiquée, cette fonctionnalité pourrait transformer notre manière d’interagir en ligne. L’époque où chaque messagerie formait sa propre bulle touche peut-être à sa fin, inaugurant une nouvelle ère de communication numérique plus ouverte et interconnectée.



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