Pour aider les entreprises tunisiennes à se tourner vers le numérique et à conquérir de nouveaux marchés, le programme régional “Digital Trade and E-Commerce in the MENA Region” se présente comme une initiative ambitieuse, mettant l’accent sur la formation, la digitalisation et le soutien direct aux PME.
La Tunisie a officiellement donné, le 4 décembre 2025, le coup d’envoi du programme régional Digital Trade and E-Commerce in the MENA Region, piloté sous le haut patronage du ministre du Commerce et du Développement des Exportations.
La cérémonie, organisée ce matin à l’hôtel Mövenpick du Lac, a réuni plusieurs décideurs nationaux et partenaires internationaux. Étaient notamment présents Samir Abid, ministre du Commerce et du Développement des Exportations, Giuseppe Perrone, ambassadeur de l’UE en Tunisie, ainsi que Jacqueline Groth, cheffe de la coopération internationale à l’Ambassade d’Allemagne à Tunis.
Cofinancé par l’Union européenne et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), et mis en œuvre par la GIZ et le Centre du commerce international (ITC), en collaboration avec le Ministère du Commerce, le projet s’étend jusqu’en 2029. Son objectif est d’accompagner la transformation numérique du commerce dans huit pays de la région MENA, dont la Tunisie.
Déploiement du programme régional de e‑commerce en Tunisie
Rencontré en marge de la cérémonie de lancement ce matin, Khabbab Hadhri, directeur du Développement du commerce électronique au ministère du Commerce, nous a détaillé les contours de ce nouveau programme. ” Comme l’a rappelé le ministre, nous avons organisé le 23 octobre un atelier de planification réunissant l’ensemble des intervenants nationaux du secteur. L’idée était d’identifier toutes les activités prioritaires que nous pouvons mener durant les prochaines années “, explique-t-il.
Parmi ces priorités : le développement d’outils essentiels au e-commerce, tels que les solutions de paiement électronique, la logistique, l’harmonisation des procédures et la simplification des formalités transfrontalières.
Comme il nous l’a expliqué, ce programme concerne le renforcement des compétences des petites et moyennes entreprises. “ Nous allons lancer un vaste programme de formation, en collaboration avec les chambres de commerce, l’UTICA et l’association Connect, pour aider les PME à maîtriser les outils numériques, améliorer leur visibilité internationale, utiliser efficacement les marketplaces et surmonter les défis liés au paiement en ligne et à la logistique “, poursuit M.Hadhri.
Et d’ajouter : ” Il y a énormément de défis à relever, logistiques, procéduraux, législatifs, mais notre ambition est de contribuer à structurer durablement l’écosystème. “
Si le programme se concentre beaucoup sur le cross-border e-commerce, M.Hadhri rappelle que cela n’exclut pas le marché intérieur : ” Le développement du e-commerce local reste essentiel. Nous travaillons notamment sur la création d’une plateforme nationale, un véritable annuaire du commerce en ligne, pour structurer l’offre et renforcer la confiance des consommateurs. “
Il souligne également que la Tunisie a obtenu l’autorisation de la CNUCED (UNCTAD) pour sa stratégie nationale du e‑commerce 2026, une étape qui ouvre la voie à l’accélération des réformes et à une meilleure coordination entre les institutions publiques et le secteur privé.
Appui aux institutions et modernisation du commerce numérique
De son côté, Amal Mghirbi, responsable de la mise en œuvre du programme pour la GIZ en Tunisie, a précisé les différents volets de l’initiative. En réponse à nos questions, elle a déclaré que : ” Le programme cible aussi bien le secteur public que le secteur privé. La partie appui au secteur privé va être sous contrôle de l’ITC. Pour la GIZ, c’est la partie institutionnelle. On va travailler sur l’harmonisation de la réglementation et le renforcement des capacités de l’entreprise. Le ministère du Commerce est notre partenaire politique, mais nous collaborons aussi avec tous les acteurs publics de l’écosystème de l’e-commerce et du digital trade. La Banque centrale est très importante dans la mise en œuvre de ce projet. “
Elle a également insisté sur les outils et la digitalisation : ” Nous allons améliorer les outils de l’e-commerce ou du digital trade existants en Tunisie. Nous savons qu’il y a un système digitalisé dans tous les ministères. Le problème, c’est comment les connecter de A à Z. Il faut une procédure claire et un opérateur pour distribuer dans l’e-commerce. On ne va pas travailler directement avec le secteur privé, mais pour améliorer les choses en back-office, à travers la digitalisation du processus de commerce et l’amélioration des procédures avec l’administration, pour pouvoir exporter des petits colis de façon simple et digitalisée. “
Sur le terrain, elle insiste sur une approche flexible et adaptée aux besoins locaux : ” nous intervenons avec des actions techniques selon les besoins, en mobilisant experts et formations. Nous avons déjà une approche collaborative pour identifier les priorités et aligner notre appui sur celles des représentants de l’État tunisien. “
Sur le plan de la visibilité et de la protection des consommateurs, elle ajoute : ” Nous allons aussi appuyer pour qu’il y ait plus de visibilité sur les sites et réseaux sociaux, pour que les produits puissent être vendus en ligne et accompagnés par le ministère du Commerce. Et pour le ministère, il sera possible d’assurer les droits des consommateurs. “
Priorités et interventions en Tunisie
Saoussen Ben Romdhane, chef de projet au sein du Centre du commerce international (ITC), a expliqué que l’intervention de l’ITC s’articule sur deux axes principaux. ” Le premier axe concerne la facilitation du commerce “, détaille-t-elle. Il s’agit d’identifier les obstacles liés au commerce électronique et aux envois transfrontaliers, puis de soutenir les pays dans l’élaboration de feuilles de route avec des mesures concrètes. Ces feuilles de route seront discutées et validées lors de dialogues publics et privés, au niveau national et régional, avant que l’ITC n’apporte un appui technique pour leur mise en œuvre.
Le deuxième axe porte sur l’appui direct au secteur privé. ” Nous travaillons avec les institutions de soutien aux entreprises, proches des PME et présentes dans les régions. Notre objectif est d’améliorer leurs services et de former des formateurs qui accompagneront les entreprises dans le marketing digital, la photographie, l’identification des chaînes de valeur, le packaging, et la connexion aux plateformes internationales comme Amazon, Alibaba ou Aliexpress “, explique Ben Romdhane. Cette formation dure un an et combine théorie, examens et accompagnement pratique des entreprises.
Concernant les secteurs ciblés, le programme est ouvert et adaptable selon les opportunités locales. ” En Tunisie, nous avons remarqué un fort potentiel dans le domaine des services. Il y a beaucoup de jeunes innovants, de femmes et de startups régionales avec un savoir-faire créatif, artisanal et technologique. L’infrastructure tunisienne, avec une bonne couverture Internet et connectivité, permet également de développer ces initiatives. “
” Notre objectif est de permettre à ces acteurs de vendre leurs produits sur les plateformes internationales, tout en contournant les barrières non tarifaires, les obstacles logistiques et financiers. Cela contribue à renforcer la compétitivité des produits tunisiens à l’international et au niveau régional, notamment dans les pays de la MENA comme le Maroc, la Jordanie, l’Égypte ou le Liban “, ajoute-t-elle.
Enfin, il est à noter que le programme, en tout, repose sur cinq volets complémentaires pour développer le commerce numérique. Il vise l’harmonisation des cadres juridiques, le déploiement de nouveaux outils numériques (paiement électronique, signatures, plateformes), la modernisation des procédures douanières et logistiques, le soutien direct au secteur privé et aux PME via le dialogue public-privé, et enfin la promotion de la coopération régionale, en s’appuyant notamment sur l’Union pour la Méditerranée comme plateforme de coordination.
Jihen MKEHLI
Publié le 04/12/25 15:20