Caroline Faillet, Directrice Générale de JIN Caroline Faillet, Directrice Générale de JIN



L’essentiel de votre parcours ?

À 23 ans, encore étudiante à HEC, Caroline Faillet fonde une agence de marketing viral puis dès 2004 Opinion Act, la première entreprise de social listening « J’avais le goût de comprendre les réseaux d’influence : la manière dont le numérique transforme les comportements des publics et oriente leur opinion ». Cette expertise, elle l’applique autant à des enjeux économiques – parcours clients, stratégie digitale – que citoyens : désinformation en santé, ingérence russe, stratégie d’influence de l’Armée de l’Air, conscience environnementale. « Je cherche surtout à révéler les mécanismes d’influence qui permettent aux organisations de comprendre leur terrain, d’en faire un enjeu stratégique plutôt qu’un simple sujet technologique. »

Auteure de trois ouvrages de référence (L’Art de la guerre digitale, Décoder l’info, Web3 : reprendre le pouvoir aux géants du numérique), enseignante en Executive Education à HEC, elle participe à plusieurs think tanks sur les enjeux critiques du numérique. Aujourd’hui Directrice Générale de l’agence de relations publiques JIN, elle intègre l’IA générative pour transformer la chaîne de valeur de la communication et mesurer l’impact réel des stratégies.

La recette secrète d’un management efficace ?

Son approche repose sur un séquencement clair : la vision d’abord, l’écoute ensuite.
 « Mon objectif est d’embarquer les collaborateurs autour d’une vision commune, dans laquelle ils trouvent le sens de leur métier. Dans un contexte de transformations permanentes avec le numérique, ils apprécient d’avoir un cap clair. » Une fois cette direction posée, place à l’écoute et à la co-construction. « Ce sont les équipes qui m’aident à trouver le chemin. Les deux piliers de mon management sont la clarté du cap, puis l’écoute pour ajuster les moyens au fur et à mesure. L’essentiel est que nous sachions tous où se trouve le port. » Cette articulation entre vision et écoute crée « une dynamique féconde, où ma responsabilité est de donner le sens, et où l’intelligence collective détermine la manière d’y parvenir ».

La place des femmes dans le digital ?

Caroline Faillet porte un regard nuancé sur la question. « Je veux dédier cette nomination aux hommes qui donnent de la place, qui encouragent, qui valorisent et qui permettent aux femmes de se percevoir plus fortes qu’elles ne l’imaginent ». Un hommage qui tranche avec les discours habituels. « On parle beaucoup de la misogynie du monde professionnel, mais trop rarement du rôle que les hommes peuvent jouer. Les femmes ont parfois besoin d’être encouragées et certains hommes s’y emploient avec énergie et conviction. C’est davantage à ceux-là que je veux penser ».

Elle qui travaille avec les données depuis des années observe la réticence des femmes à l’égard des mathématiques. Elle est préoccupée par le décrochage précoce des petites filles dans cette matière qui explique la faible représentation féminine dans la tech. Mais elle en est persuadée, les nouveaux outils comme l’IA, plus accessibles et intuitifs, ouvrent de nouvelles perspectives.

Et si on réécrivait l’histoire ?

« Je changerais peu de choses, si ce n’est me faire confiance plus tôt. J’aurais gagné à écouter davantage ceux qui me soutenaient et me voyaient capable, parfois bien avant moi », confie Caroline Faillet. Un de ses associés résume sa personnalité : « Caroline doute beaucoup mais elle ne redoute pas ». Ce doute reste aujourd’hui présent, mais elle en a fait une force. « Le questionnement est sain. Il nourrit l’innovation, cette capacité à rester en déséquilibre permanent. Mais pour transformer ce questionnement en véritable innovation, il faut savoir passer à l’action. C’est là qu’un environnement stimulant devient décisif », conclut celle qui continue d’explorer les frontières du numérique avec cette même curiosité qui l’anime depuis vingt ans.

Votez pour la Femme du Digital 2026 !



Source link