L’article en bref
La créativité n’est pas réservée aux artistes : elle est présente en chacun de nous, dès l’enfance. Cet article vous invite à retrouver ce regard vivant sur le monde, à travers des gestes simples et une attention renouvelée. Pas besoin de produire pour créer : il suffit de se reconnecter à sa perception, à son intuition, à son envie de transformer l’ordinaire. Vous êtes déjà créatif. Il est temps de vous en souvenir.
Quand tu passes du temps avec un enfant, tu te rends vite compte d’une chose : il vit dans un monde qu’il est en train d’inventer. Une chaise devient un vaisseau spatial, une flaque d’eau un portail magique, un arbre un dragon endormi. Sans effort, sans intention, il crée.
Les enfants chantent à voix haute ce qu’ils sont en train de faire, inventent des mélodies bizarres, griffonnent des monstres improbables ou dessinent des cartes de trésors imaginaires. Ils fabriquent des mondes avec trois cailloux et un morceau de ficelle. Ils n’attendent pas de savoir « bien dessiner » pour dessiner. Ils n’ont pas besoin d’un brief pour créer une chanson. Ils n’essaient pas de faire quelque chose de valable. Ils s’expriment, tout simplement.
Et puis… quelque chose se passe.
À mesure que l’on grandit, cette créativité naturelle se fait plus rare. On devient plus prudent, plus rationnel. On apprend à faire « comme il faut », à demander la permission, à suivre des consignes. On range les dessins dans des cartons, on baisse la voix quand on chante, on finit par dire : « Je ne suis pas créatif. »
C’est faux. Tu l’es toujours. Tu l’as juste oublié.
Créer n’est pas forcément produire. Créer, c’est porter un regard vivant sur le monde. C’est faire émerger du neuf là où il n’y avait rien. C’est composer un instant à ta manière. Et ça commence dans ta façon de t’habiller ce matin, de répondre à ce message, de raconter ta journée.
La créativité n’est pas un talent. C’est un état d’être. Et tu peux y revenir. Pas demain. Pas quand tu auras le temps. Là, maintenant.
On naît tous créatifs (et on l’était avant de le savoir)
Avant même de savoir écrire ou parler correctement, on savait déjà créer.
Pas au sens scolaire du terme — pas avec une « production » à montrer ou à évaluer — mais avec cette capacité instinctive à transformer ce qui nous entoure, à assembler des fragments de réel en histoires, en jeux, en mondes entiers. Une boîte en carton devenait un vaisseau, un canapé un volcan en fusion, deux figurines entamaient une dispute intergalactique pour un bouchon en plastique.
Ce n’était pas une activité. C’était notre manière d’être.
On ne se demandait pas si c’était utile. On ne cherchait pas à faire « joli ». On ne doutait pas du droit de créer. Et surtout, on ne se comparait pas. Il n’y avait pas encore cette voix intérieure qui dit : « Ce n’est pas assez bien. »
« La créativité n’est pas une capacité rare. Elle n’est pas difficile d’accès. C’est un droit de naissance. Et elle est pour tout le monde. » Rick Rubin
Mais voilà : en grandissant, on apprend à classer. Il y aurait les « créatifs » d’un côté — artistes, musiciens, designers, écrivains — et « les autres », ceux pour qui ce n’est pas leur truc. Cette séparation arbitraire est une illusion… mais une illusion bien ancrée.
On commence à croire que créer nécessite du talent, une technique, un résultat. On oublie que créer, c’est aussi réinventer sa manière d’être au monde, de parler, de penser, de résoudre un problème.
On ne perd pas la créativité. On apprend à l’inhiber.
Mais comme le chant spontané d’un enfant ou la fierté naïve d’un dessin griffonné, cette énergie vit encore quelque part. Elle attend juste qu’on lui ouvre la porte.

Ce qu’on appelle « créativité » a été confisqué (et à qui ça profite)
Il faut être honnête : si tant de gens finissent par dire « je ne suis pas créatif », ce n’est pas par hasard.
C’est un conditionnement. Doux, progressif, efficace.
Tout commence à l’école, où très tôt on apprend qu’il y a des bonnes et des mauvaises réponses. Des couleurs qui « ne vont pas ensemble ». Des façons correctes de dessiner un arbre, une maison, une lettre de motivation. Les rêveries deviennent des distractions. Les questions deviennent des dérangements. L’imagination débordante est un « trouble de l’attention ».
Et puis vient le monde du travail.
On nous demande d’être productifs, organisés, performants. La créativité, dans ce cadre-là, devient un outil au service d’un objectif. Elle doit servir un ROI, un KPI, une stratégie. Elle n’est plus un espace de jeu, mais un levier. On commence à la mesurer, à l’exploiter, à en faire une compétence « monétisable ».
Autrement dit : on n’a pas supprimé la créativité. On l’a déplacée vers ceux qui savent s’en servir « correctement ».
Elle devient alors un attribut réservé :
- À ceux qui ont un métier « créatif ».
- À ceux qui réussissent dans un domaine artistique.
- À ceux qui peuvent montrer un portfolio, une œuvre, un projet « concret ».
Tous les autres ? On leur donne une étiquette plus rassurante : sérieux, rigoureux, opérationnels.
Et pourtant, ce sont parfois ces profils-là — chefs de projet, artisans, parents, formateurs — qui, dans leur quotidien, font preuve d’une créativité permanente. Mais sans la nommer. Sans oser se l’approprier.
Pourquoi ?
Parce que dans notre culture, on a conditionné la créativité à produire quelque chose de remarquable. Quelque chose qui mérite d’être vu, vendu, publié, exposé.
Ce qu’on ne dit pas, c’est que cette injonction décourage. Elle freine. Elle crée une barrière mentale entre le monde des créateurs et celui des « autres ». Et cette barrière-là, soyons clairs : elle ne profite à personne, sauf peut-être à ceux qui ont besoin que tout reste bien rangé, lisible, monétisable.
Or, c’est justement cette frontière qu’il faut faire tomber. Parce que la créativité n’est pas un résultat. C’est un mouvement. Un souffle. Une manière de vivre plus libre.

Créer, c’est d’abord choisir comment on regarde
On pense souvent que créer, c’est faire. Concevoir un logo. Écrire un texte. Peindre une toile. Pourtant, avant tout ça, il y a un geste plus fondamental : regarder.
Pas regarder au sens passif du terme. Regarder comme un.e artiste. C’est-à-dire porter attention à ce que d’autres ne voient pas. Faire émerger du sens là où la majorité passe sans s’arrêter.
Rick Rubin l’exprime ainsi :
« Nous percevons, filtrons et collectons des données, puis nous composons une expérience du monde. Qu’on le fasse consciemment ou non, le simple fait d’être vivant fait de nous des créateurs. »
Créer, ce n’est donc pas ajouter quelque chose au réel. C’est déjà le révéler.
Et cela peut prendre des formes infinies :
- Trouver une nouvelle manière d’expliquer une idée complexe.
- Réorganiser sa cuisine pour y sentir plus de fluidité.
- Choisir une phrase douce pour apaiser un conflit.
- Imaginer une autre suite à un échange, un projet, une relation.
Tout ça, c’est déjà de la création.
Le champ d’action n’est pas l’art. C’est le quotidien.
Dans un monde saturé d’informations, ralentir et regarder devient un acte radical. S’arrêter pour écouter le silence d’un matin, pour sentir les nuances d’une lumière sur un mur, pour observer une conversation comme un ballet invisible. Ce sont ces moments-là qui affinent notre regard.
Créer, c’est donc commencer par choisir comment on veut percevoir le monde.
Pas pour le changer immédiatement. Juste pour l’habiter différemment.
Et dans cette habitation plus fine, plus attentive, l’imagination revient. Elle ne demande pas la permission. Elle s’invite. Et parfois, elle propose un geste nouveau. Un mot. Une action. Un détour.
C’est dans ce regard que la création s’enracine.
Et c’est dans l’attention que tout recommence.

3 pratiques pour réveiller sa créativité (sans jamais ouvrir un carnet à dessin)
Tu n’as pas besoin de te mettre au tricot, de prendre des cours de théâtre ou d’ouvrir un blog pour « être créatif ». Ce sont de belles options, bien sûr. Mais la créativité, si elle est un état d’être, peut aussi se nourrir autrement. Par des gestes minuscules. Invisibles. Quotidiens.
Voici trois pratiques à expérimenter. Pas pour produire. Pour te reconnecter.
1. Observer comme si c’était la première fois
Prends un objet banal. Une tasse. Un escalier. Une chaise.
Regarde-le comme si tu ne l’avais jamais vu. Laisse tes yeux traîner. Observe les reflets, les traces d’usage, les courbes. Tu peux même le dessiner… sans lever ton crayon, sans chercher à « réussir ». Juste pour regarder vraiment.
👉 Cet exercice, inspiré des écoles d’art, désactive le mode automatique. Il invite à voir le monde comme un matériau vivant. Et c’est dans cette présence que renaît le geste créatif.
2. Réinventer un automatisme
On répète les mêmes gestes chaque jour : se laver, s’habiller, répondre aux messages, cuisiner. Et si tu en changeais un ? Juste pour voir.
Exemples :
- Te brosser les dents avec l’autre main.
- Réorganiser ton espace de travail.
- Cuisiner un plat sans recette ni objectif, juste pour expérimenter.
Ce ne sont pas des défis. Ce sont des micro-révolutions silencieuses, qui relancent ton cerveau en mode exploration.
3. Capturer ce qui te touche
Tu entends une phrase qui te bouscule ? Tu vois une lumière qui t’émeut ? Tu ressens une intuition soudaine ? Ne laisse pas ça filer.
Note. Enregistre. Dessine. Photographie. Peu importe le support.
Tu n’as pas à « en faire quelque chose ». Mais à force de capturer ces fragments, tu entraînes ton antenne. Tu réapprends à faire confiance à ce qui te traverse.
Comme le dit Rick Rubin, « l’univers émet en permanence, et notre rôle, c’est d’être là pour capter. »
Tu n’as pas besoin d’attendre une grande idée, un projet artistique ou un moment idéal.
Tu peux commencer maintenant.
En regardant autour de toi.
En t’écoutant autrement.
En laissant de la place à ce qui pourrait surgir.

On ne devient pas créatif. On se souvient qu’on l’est déjà
Il n’y a rien à acquérir. Rien à mériter.
La créativité n’est pas une compétence que tu dois apprendre. C’est un territoire que tu as quitté, et que tu peux revisiter. Il est encore là, intact. C’est un état d’ouverture, un souffle, une manière de se relier au monde — et à soi.
Créer, ce n’est pas seulement faire. C’est être attentif. À ce qui t’émeut. À ce qui te traverse. À ce que tu ressens en présence de quelque chose que tu ne comprends pas encore.
Rick Rubin parle d’un état de réceptivité permanent, comme une antenne sensible branchée sur le réel. Un état dans lequel tu laisses passer des choses, sans forcément les nommer, les expliquer, les monétiser.
C’est ça, vivre comme un artiste. Même si tu ne dessines pas. Même si tu ne publies rien. Même si tu ne montres rien.
Tu peux écrire sans être écrivain. Chanter sans être chanteur. Réinventer ta façon de marcher, de parler, de cuisiner. Être créatif, c’est vivre avec un peu plus d’intensité. Avec un peu plus de présence.
Tu n’as pas besoin d’être original. Tu as juste besoin d’être vivant.
Et ça, tu l’es déjà.

Tu n’as pas besoin de permission pour créer
Il n’y aura pas de diplôme, pas de label, pas de moment parfait.
Il y aura juste ce regard que tu portes sur le monde. Cette curiosité qui revient quand tu la laisses respirer. Ces gestes minuscules qui transforment ton quotidien.
Créer, ce n’est pas faire quelque chose d’exceptionnel. C’est vivre un peu plus consciemment. C’est réhabiliter l’émerveillement, l’exploration, le doute. C’est dire : « Et si je faisais autrement ? »
Et si tu as un doute — si tu entends encore cette petite voix qui te souffle que tu n’es pas légitime, que ce n’est pas pour toi, que tu n’es pas « créatif » — souviens-toi de l’enfant que tu as été.
Il n’attendait pas qu’on lui dise que c’était bien.
Il imaginait. Il jouait. Il transformait. Il vivait.
Tu peux recommencer.

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FAQ
1. Tout le monde est-il vraiment créatif ?
Oui. La créativité est une capacité humaine universelle. Elle se manifeste dès l’enfance et peut être réactivée à tout âge.
2. Peut-on être créatif sans être artiste ?
Absolument. Créer, c’est aussi inventer une solution, détourner un usage, changer un regard. L’art n’est qu’une des formes possibles.
3. Comment réveiller sa créativité au quotidien ?
En prêtant attention à ce qui nous entoure, en changeant de routine, en capturant ce qui nous touche. Pas besoin d’outils ni de talents particuliers.
4. Pourquoi a-t-on perdu notre créativité en grandissant ?
L’école, le monde du travail et la culture valorisent l’efficacité plus que l’exploration. On apprend à produire, pas à inventer.
5. La créativité peut-elle se travailler ?
Oui. Comme un muscle, elle se renforce par la pratique, l’observation, l’ouverture à l’imprévu et la remise en question des habitudes.
6. Est-ce que tout geste peut être créatif ?
Oui, dès lors qu’il est habité par une intention, un regard ou une sensibilité nouvelle. Même faire la vaisselle peut devenir un geste créatif.
7. Comment encourager la créativité chez les enfants (et chez soi) ?
En valorisant l’imagination, en laissant de la place au jeu, en acceptant l’erreur comme partie du processus et en restant curieux ensemble.