la mise à mort silencieuse de la montée en compétence de 95% des TPE


C’est une ligne discrète dans un projet de loi budgétaire. Un article parmi d’autres. Pourtant, derrière l’apparente technicité de l’article 81 du budget 2026 se joue peut-être l’avenir de milliers d’entrepreneurs français.

Le texte prévoit un plafonnement du Compte Personnel de Formation (CPF) à 1500 € pour les formations inscrites au Répertoire Spécifique, assorti d’un reste à charge renforcé. Présentée comme une mesure de régulation financière, cette décision pourrait en réalité rendre ces formations inaccessibles à ceux qui en ont le plus besoin : les dirigeants de très petites entreprises (TPE). Pour comprendre en détail les enjeux de cette réforme, consultez la tribune complète publiée par Les Echos ici.

Derrière cette réforme apparemment technique se cache un choix politique structurant pour l’avenir de notre tissu entrepreneurial…

Les TPE, colonne vertébrale de l’économie française

Les TPE représentent plus de 95 % des entreprises françaises et constituent le socle de l’économie réelle : commerce de proximité, artisans, indépendants, professions libérales, micro-entrepreneurs. Elles créent l’essentiel de l’emploi local, non délocalisable, et participent directement à la vitalité des territoires.

Leurs dirigeants ont souvent créé leur activité à la suite d’une reconversion professionnelle ou d’un changement de vie subi. Ils ont investi leurs économies personnelles, accepté une protection sociale limitée et des perspectives de retraite incertaines. Contrairement aux salariés des grandes structures, ils ne disposent ni de plan de formation interne, ni de budget RH, ni d’employeur pour compléter un reste à charge.

Pour eux, se former n’est pas un confort. C’est une question de survie économique.

Et c’est précisément dans ce contexte que la formation devient un levier stratégique : elle permet aux TPE de s’adapter aux exigences croissantes du marché et aux transformations économiques rapides.

La formation, condition de l’adaptation économique

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics multiplient les injonctions à destination de nos petites entreprises : transition numérique, intégration de l’intelligence artificielle, compétitivité internationale…

Dans ce contexte, le Répertoire Spécifique — aujourd’hui menacé par le plafonnement du CPF — joue un rôle déterminant. Il regroupe des certifications directement mobilisables par nos entrepreneurs : création et gestion d’entreprise, compétences numériques, pilotage financier, marketing digital, cybersécurité, automatisation des processus…

Les dirigeants de TPE se retrouvent ainsi pris entre deux feux contradictoires : s’adapter toujours plus vite, mais avec toujours moins de moyens. Réduire l’accès à ces formations revient à placer ces entrepreneurs dans une situation paradoxale et intenable.

C’est précisément pour répondre à ce besoin urgent de formation que le CPF a été conçu, offrant aux dirigeants un levier essentiel pour se former et sécuriser leur avenir professionnel.

Le CPF : un levier d’émancipation fragilisé

Depuis sa réforme en 2019, le CPF a constitué un levier majeur d’accès à la formation. Comme le rappelle Muriel Pénicaud, ancienne Ministre du Travail et des Solidarités de France et à l’origine de la mise en place du CPF, la loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel », a permis à des millions de Français de changer de métier, d’évoluer professionnellement ou de créer leur entreprise.

Pour les entrepreneurs, en particulier les jeunes, les femmes et les seniors, qui sont les plus grands utilisateurs du CPF, celui-ci représente souvent l’unique possibilité de financer une montée en compétences structurante : gestion financière, stratégie commerciale, marketing digital, pilotage d’entreprise, outils numériques, cybersécurité ou encore intégration de l’intelligence artificielle.

Muriel Pénicaud rajoute d’ailleurs “A l’heure de l’intelligence artificielle et du vieillissement démographique, la compétence est l’outil stratégique du futur. Permettre à chacun de grandir en compétences, c’est investir dans l’avenir de tous ».

Dans un contexte où les pouvoirs publics multiplient les injonctions à la transition numérique et à la compétitivité, réduire l’accès à ces formations revient à placer les dirigeants de TPE dans une contradiction intenable : s’adapter toujours plus vite, mais avec toujours moins de moyens.

Or ce paradoxe se traduit concrètement par un plafonnement du financement qui ne correspond pas à la réalité des coûts pédagogiques…

Un plafonnement économiquement irréaliste

Plafonner le financement à 1500€ ne correspond pas à la réalité des coûts pédagogiques.

Les formations sérieuses en entrepreneuriat reposent sur un accompagnement personnalisé, des formateurs expérimentés et un suivi individualisé. Ce modèle, par nature, ne peut être industrialisé à bas coût sans perte de qualité. Les seuls coûts de production dépassent largement le plafond envisagé.

La conséquence est prévisible : raréfaction de l’offre spécialisée, standardisation excessive des contenus, développement de formations low cost déconnectées des besoins concrets du terrain.

Le droit à la formation subsistera formellement, mais il deviendra inopérant dans les faits. Il s’agit d’un rationnement indirect.

Et ce déséquilibre se traduit directement par une fracture économique : tandis que les grandes entreprises peuvent continuer à former leurs salariés, les TPE perdent leur dernier levier autonome d’investissement dans les compétences.

Une fracture accrue entre grandes et petites entreprises

Cette mesure risque également d’accentuer une économie à deux vitesses.

Les grandes entreprises continueront d’investir dans les compétences de leurs collaborateurs via leurs budgets internes. Les TPE, elles, perdront leur dernier levier autonome d’investissement en formation.

À court terme, l’État réalisera une économie budgétaire. À moyen et long terme, le coût pourrait être bien supérieur : baisse de productivité, augmentation des cessations d’activité, fragilisation du tissu économique local.

Les études disponibles montrent pourtant qu’un dirigeant formé améliore significativement la performance et la résilience de son entreprise. Certaines analyses sectorielles indiquent qu’un micro-entrepreneur formé double ses chances de pérennité à trois ans par rapport à la moyenne nationale.

Affaiblir le CPF dans ce contexte constitue donc un pari risqué…

Conclusion : ne pas fragiliser ceux qui créent

La formation est la couverture de survie des entrepreneurs. La fragiliser au moment où les transformations économiques s’accélèrent serait un signal préoccupant envoyé à celles et ceux qui prennent des risques, innovent et maintiennent la vitalité de nos territoires. Ce débat dépasse la seule question budgétaire. Il engage la vision que nous avons de notre modèle économique.

Choisir d’investir dans les compétences des entrepreneurs, c’est investir dans l’avenir collectif.

Choisir de restreindre cet accès, c’est accepter un affaiblissement progressif de notre tissu économique.

Ce ne sera pas un détail technique. Ce sera un choix de société…

Lien vers la tribune sur Les échos



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