la stratégie d’un ranch du Colorado


Aux abords de la petite ville de Wiley, dans le Colorado, vivent de véritables cowboys qui, contre toute attente, parviennent à faire prospérer leur commerce et à perpétuer la tradition des cowboys à l’ère moderne.

Josh Weimer se lève à 4 heures du matin, bien avant le lever du jour. Avec son fils Trate, âgé de 15 ans, il selle les chevaux pour entamer une nouvelle journée consacrée à un objectif devenu central: contourner les intermédiaires de l’industrie du bœuf.

Les mains de Josh ont lancé plus de lassos qu’il ne saurait en compter. Elles connaissent aussi bien les journées glaciales que des décennies de travail acharné. Presque toute l’année, il parcourt les pâturages à cheval, conduisant et triant le bétail aux côtés de cow-boys employés sur le ranch.

Aujourd’hui, à 49 ans, cet éleveur aguerri veut travailler plus intelligemment, pas plus dur. Il veut livrer son bœuf hybride Angus et Hereford directement chez ses clients grâce à un outil qui a longtemps été son cauchemar : les technologies numériques.

Un ranch qui s’est agrandi au fil des générations

Pour la famille Weimer, l’élevage a profondément évolué au cours des 120 dernières années. Josh Weimer a considérablement étendu l’exploitation que possédait son arrière-arrière-arrière-grand-père, achetant des parcelles ou ajoutant des terres jusqu’à multiplier la superficie par près de dix.

Sans cela, estime-t-il, leur mode de vie de cowboy aurait probablement disparu. Les grands ranchs industriels gagnent du terrain et la bataille pour rester en activité reste permanente.

« Les petits n’existent plus vraiment. Il faut grossir ou se faire avaler », confie-t-il au journal Epoch Times. « Les marges sont très faibles, donc il faut beaucoup d’hectares pour générer un flux de trésorerie et faire fonctionner l’exploitation. »

Le travail lui-même, entièrement réalisé à cheval, reste rude mais apporte aussi sa part de satisfaction, explique-t-il. Conduire un troupeau d’une valeur de plus de 200.000 euros à travers les routes n’a rien d’anodin. Des patrouilles locales arrêtent parfois la circulation pendant que des ranchs voisins prêtent main-forte.

Malgré les journées difficiles, ce mode de vie reste, selon lui, « probablement ce qu’il y a de mieux ».

Le fils de Josh Weimer, Trate Weimer, prend sa selle à l’orée du jour pour se préparer à une journée de travail de cowboy. (Crédit photo Ranch Wiley)

Des cowboys s’installent à cheval au petit matin, alors que le crépuscule caresse le ciel, au ranch Wiley, dans le Colorado. (Crédit photo Ranch Wiley)

Les cowboys du ranch Wiley. (Crédit photo Ranch Wiley)

Trate Weimer a le métier de cowboy dans le sang. (Crédit photo Ranch Wiley)

Les cowboys du ranch Wiley déplacent le bétail lors d’une journée de travail ordinaire. (Crédit photo Ranch Wiley)

Les cowboys du ranch Wiley dans les pâturages. (Crédit photo Ranch Wiley)

Une production locale et artisanale

Le ranch de Weimer, appelé Wiley Ranch, peut abattre 30 têtes de bétail par jour, soit environ 9 tonnes de viande bovine par semaine. Traditionnellement, il approvisionne les écoles locales et le seul restaurant de hamburgers de leur village de 400 habitants.

Le bétail qui n’est pas vendu directement comme viande part vers des parcs d’engraissement — ces fameux intermédiaires — où les animaux prennent du poids avant d’être revendus à des structures industrielles encore plus vastes qui poursuivent le processus. Un bœuf de 270 kg au départ pèse finalement 590 kg.

« Nous ne sommes pas comme un grand élevage industriel qui cherche à obtenir une prise de poids de 2,5 kg par jour. Nos bovins prennent environ 1,5 kg par jour », esplique Josh. « Nous n’utilisons aucune hormone de croissance, ni aucun autre produit chimique. C’est une viande vraiment très saine. »

L’étape d’affinage à sec constitue, selon lui, « la cerise sur le gâteau ». Le procédé demande plus de temps mais « donne simplement un meilleur produit », tandis que le ranch fonctionne « comme au XIXe siècle ».

Des coûts et des risques en forte hausse

Mais le contexte a changé, rendant ces méthodes traditionnelles de moins en moins viables.

À l’époque dont se souvient Josh, un acre de terre irriguée coûtait environ 600 euros. Aujourd’hui, le prix atteint 4000 euros. Autrefois, la principale inquiétude des éleveurs concernait la météo. Désormais, les responsabilités juridiques et les procédures judiciaires représentent des risques tout aussi importants.

À cela s’ajoutent de nombreuses réglementations, notamment sur les émissions environnementales.

« Cela rend les choses vraiment difficiles », dit-il, parce que « sur le papier, ça ne fonctionne tout simplement pas ».

« On continue parce qu’on aime ça. »

Après avoir contracté des prêts pour acquérir les terres nécessaires à l’augmentation de la production, l’avenir du ranch reste incertain. Josh s’est retrouvé face à une évidence: pour rester en activité, il fallait faire preuve d’une grande créativité.

Il a élaboré un plan.

Des cowboys déplacent du bétail au ranch Wiley. (Crédit photo Ranch Wiley)

Une vache hybride Angus et Hereford de Weimer. (Crédit photo Ranch Wiley)

Un employé du ranch en selle à Wiley Ranch. (Crédit photo Ranch Wiley)

(À g.) Bovins hybrides Angus et Hereford nourris à l’herbe au ranch Wiley. (à dr.)
Les hommes Weimer au ranch Wiley, Colorado. (Crédit photo Ranch Wiley)

Les cowboys du ranch Wiley perpétuent un art ancestral en menant le bétail à cheval, explique Josh Weimer. (Crédit photo Ranch Wiley)

Josh observe ses bêtes grandir, du veau à la vache, et connaît chaque animal sur le bout des doigts, garantissant ainsi la qualité du bœuf produit par le ranch. (Crédit photo Ranch Wiley)

Une nouvelle génération prête à reprendre le flambeau

Au Wiley Ranch, plusieurs personnes valides et membres de la famille se montrent prêts à perpétuer la tradition dans la génération suivante. Aujourd’hui, il est évident que Trate sait quelle carrière il souhaite embrasser.

« Je ne lui dis pas qu’il doit reprendre tout ça, mais on voit bien que c’est dans son sang », explique Josh.

Son objectif consiste à réduire la dette afin que « financièrement, cela ait du sens et que Trate n’ait pas à se tuer à la tâche pour maintenir l’exploitation ».

Les ranchs se tournent vers internet

Pour survivre, il leur faut cependant s’adapter à leur époque. Les foires au bétail et les ventes traditionnelles restent des lieux historiques d’échanges pour les ranchs, où les pratiques ancestrales conservent tout leur éclat.

« Il y a encore ici des transactions à l’équivalent d’un million d’euros conclues d’une simple poignée de main », raconte l’éleveur.

Mais de plus en plus souvent, ces poignées de main passent par internet.

De nombreuses exploitations organisent désormais des marchés virtuels et adoptent des stratégies de vente sur les réseaux sociaux pour rester compétitives. Beaucoup ont compris l’avantage offert par ces plateformes: elles permettent de supprimer l’intermédiaire des grands parcs d’engraissement industriels en vendant directement au consommateur.

Depuis la pandémie, la demande pour une viande de meilleure qualité a fortement augmenté. Les consommateurs privilégient davantage un bœuf élevé au pâturage, sans hormones ni antibiotiques, plutôt que la viande produite dans les installations industrielles.

Pour beaucoup, le mot d’ordre consiste désormais à acheter localement ou auprès d’éleveurs authentiques comme Josh Weimer, qui expédie des colis de bœuf congelé dans tout le pays.

« Nous permettons aux gens d’accéder à un bœuf élevé au ranchqui est aussi propre que possible et d’excellente qualité », explique-t-il.

Josh Weimer, l’un des propriétaires de Wiley Ranch. (Crédit photo Ranch Wiley)

(À g.) Le personnel de Wiley Ranch prépare du bœuf congelé pour le transport (Crédit photo Ranch Wiley)

Les cowboys de Wiley Ranch, qui montent à cheval et manient le lasso presque toute l’année, sont des experts dans leur domaine. (Crédit photo Ranch Wiley)

Le défi du virage numérique

Grâce aux plateformes en ligne, notamment Instagram, certains éleveurs ont aboli les barrières traditionnelles entre l’éleveur et l’acheteur. En faisant appel à des agents des médias sociaux, les véritables ranchs familiaux de cowboys apprennent à créer une marque, à commercialiser leurs produits et à vendre directement des morceaux prêts à cuisiner.

Pour Josh Weimer, la principale difficulté a consisté à apprivoiser la technologie. Heureusement, des compétences numériques existent sur le marché. « Je me suis associé à un spécialiste des médias, Paul Reid, en Arizona, pour le marketing digital et les publicités Google, tout ça dépasse largement mes compétences », explique-t-il. « Je pense que nous avons un peu d’avance. »

Cette aventure marketing a presque couvert ses coûts, même si Josh reconnaît que les ventes ne sont pas encore « extraordinaires ». Il préfère retenir que sa clientèle ne cesse de s’élargir, de Los Angeles à New York et dans presque tous les États entre les deux. La plupart des acheteurs reviennent d’ailleurs régulièrement.

Et pour ce rancher de quatrième génération, ces incursions dans le commerce électronique apportent une satisfaction supplémentaire.

« Je ne suis pas un expert en informatique », a souligné Josh. « Quand on se lance dans un projet comme celui-ci, on pense surtout à assurer la viabilité financière de l’exploitation. Et puis, plus j’avance, plus c’est gratifiant de voir son produit entre les mains des gens. »





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