Alors que quatre hommes sont mis en examen pour leur implication présumée dans l’affaire de la “tête de porc” accrochée au portail de Christian Estrosi, et deux autres toujours recherchés, France 3 Côte d’Azur remonte la chronologie qui a conduit à cette barbouzerie inédite à Nice.
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C’est l’affaire qui a pollué les deux dernières semaines d’une campagne municipale déjà sous haute tension à Nice.
Elle a conduit à la mise en examen d’un ancien policier de la DST reconverti en détective privé et se revendiquant d’extrême droite, de son associé – un expert informatique Tunisien, et d’un proche de l’épouse de Christian Estrosi, professionnel du marketing digital…
Cet attelage hétéroclite se retrouve au centre de cette affaire dite de la “tête de porc”, une barbouzerie aux relents antisémites intervenue le 27 février, jour de la publication du 2e sondage donnant Eric Ciotti gagnant.
Ce vendredi 13 mars en fin de journée, le procureur de la république de Nice, Damien Martinelli, a diffusé un communiqué très détaillé, mettant hors de cause à la fois Christian Estrosi et Eric Ciotti.
Septembre : Sevan B., l’ami expert en marketing digital entre en campagne
Sevan B., 45 ans, est un professionnel du marketing digital, qui a vécu plusieurs années à Los Angeles. Ami de l’épouse du maire de Nice, Laura Tenoudji-Estrosi, il apparaît très discrètement dans la campagne dès l’automne dernier.
“En septembre 2025, le maire le sollicitait pour des conseils sur la communication dans le cadre de la campagne” indique le procureur dans son communiqué du 13 mars.
Le 22 novembre 2025, Sevan B. occupe d’ailleurs une place d’honneur lors du meeting de lancement de la campagne du maire candidat au palais des congrès Oceanice, sur le port de Nice : au premier rang, à gauche de Laura Tenoudji-Estrosi.
Sevan B., au côté de l’épouse de Christian Estrosi lors du lancement de la campagne en novembre 2025.
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© Facebook Estrosi2026
Début février : Estrosi rencontre l’informaticien Tunisien
Entendue comme témoin dans les locaux de la PJ de Nice, au commissariat Auvare début mars, la conseillère presse de Christian Estrosi, à l’encontre de laquelle aucune charge n’a été retenue, expliquera aux enquêteurs avoir fait, début février, la connaissance d’un certain Mohamed Amin S., un expert en informatique “susceptible de jouer un rôle dans la campagne électorale pour développer les actions de communication sur les réseaux sociaux”.
Elle confirmera également “la tenue d’une réunion” entre Mohamed Amin S. et le maire de Nice “en lien avec les missions qu’il devait réaliser”.
Une nouvelle rencontre interviendra ensuite “très rapidement” selon le procureur de la République de Nice, avec cette fois autour de la table Mohamed Amin S., Jean L. son associé et ancien policier du Renseignement, ainsi que Sevan B., l’ami de Laura Tenoudji-Estrosi qui distillait donc, depuis septembre, ses conseils en communication à Christian Estrosi.
“Les investigations téléphoniques tendaient à confirmer” que Sevan B. va jouer un “rôle d’interface entre l’équipe officielle de communication et l’informaticien originaire de Tunisie”, Mohamed Amin S. précise le communiqué du procureur.
27 février : une tête de porc devant la maison du couple Estrosi
Vendredi 27 février en fin d’après-midi, Mohamed Amin S. et Sevan B. échangent plusieurs messages “pouvant apparaître comme très directement en lien avec les faits” selon le procureur. Mais, avant même d’avoir épluché la téléphonie, les enquêteurs ont exploité la vidéosurveillance… Une caméra de la ville de Nice est installée juste en face du domicile de Christian Estrosi, et elle a tout enregistré.
“Peu avant 22 heures”, les limiers de la PJ observent sur l’enregistrement vidéo “un individu vêtu de noir et porteur d’un sac cabas accrocher la tête de porc et l’affiche. Les enregistrements permettaient aussi d’identifier un véhicule susceptible d’être en lien avec les faits et la possible participation de quatre personnes”.
Vers 23h30, le couple Estrosi découvre en regagnant son domicile cette tête de porc coupée avec une affiche en papier clouée dessus supportant le portrait du maire sortant, une étoile de David et l’inscription « connard ». Dès le lendemain, Christian Estrosi dépose plainte.
4 mars : l’informaticien est en garde à vue
Le premier suspect interpellé sera Mohamed Amin S., qui gravitait depuis quelque temps autour du candidat Estrosi.
“À 12 heures 30, alors qu’il faisait l’objet d’une surveillance physique, il était vu en train de prendre une photo du maire de Nice, à quelques mètres de ce dernier alors présent dans le centre-ville. Les enquêteurs procédaient à son interpellation”.
Mohamed Amin S. contestait faire partie du commando de quatre individus ayant accroché la tête de porc, et explique qu’il participe à la campagne de Christian Estrosi sur “le cyber, le net et les réseaux”.
Le lendemain, jeudi 5 mars, à 6 heures du matin, heure légale, les agents de la police judiciaire de Seine-et-Marne interpellent à son domicile un deuxième homme, H. Z., Tunisien lui aussi, âgé de 35 ans.
En garde à vue il reconnaît avoir participé à un “déplacement en vue de l’achat de la tête de porc, tout en contestant son implication directe et volontaire dans les faits”.
Le 6 mars en fin de journée, Mohamed Amin S. et H. Z. sont conduits au palais de justice de Nice où ils sont présentés aux juges d’instruction saisis de l’affaire. Tous deux sont mis en examen notamment pour “violences aggravées envers un élu public” et placés en détention provisoire.
Les deux autres membres présumés du commando du 27 février seraient identifiés mais n’avaient pas été interpellés ce 13 mars.
13 mars : le procureur de Nice détaille l’enquête
“À ce stade de la procédure et des investigations, aucun élément ne permet d’envisager la possible participation directe ou indirecte aux faits d’autres personnes que celles actuellement mises en examen et celles identifiées et recherchées”.
En clair, selon le procureur de la république de Nice, le commanditaire et les exécutants présumés de cette sombre histoire de tête de porc aux relents antisémites sont les six hommes identifiés, sans que l’on puisse déterminer à ce stade les rôles exacts joués par les uns et les autres.
Il est en revanche établi, sous réserve de nouvelles révélations de l’enquête judiciaire, que l’affaire n’est ni l’œuvre d’une “mafia organisée”, d’une “ingérence en provenance d’un pays étranger” ou “d’opposants capables du pire ?” comme l’avait suggéré Christian Estrosi dans son communiqué du 6 mars.
Mais le maire-candidat n’est pas non plus impliqué dans ce qui a été présenté comme une mise en scène digne du faux “attentat de l’Observatoire” par son adversaire Eric Ciotti (référence à l’attentat visant François Mitterrand qu’il aurait pu avoir monté de toutes pièces afin de gagner la faveur de l’opinion publique).
Alors que “les investigations se poursuivent sous la direction des juges d’instruction”, l’hypothèse désormais privilégiée par les enquêteurs serait celle d’une manipulation menée par des membres de l’entourage du candidat Estrosi, à l’insu de ce dernier. Christian Estrosi et son épouse seront convoqués prochainement pour être entendus “en qualité de témoins”.
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