Réalité mixte : Meta contre-attaque – FredCavazza.net


Cela fait plusieurs années que tout le monde anticipe la “Next big thing”, le successeur du smartphone. Une quête qui nous a amenés à regarder du côté de la réalité virtuelle, puis de la réalité augmentée, mais dont le premier candidat viable pourrait se trouver à l’intersection de la réalité mixte et des assistants personnels dopés à l’IA générative. Une sacrée revanche pour Mark Zuckerberg, le patron de Meta et grand architecte du métavers dont tout le monde se moquait encore il y a quelques semaines.

Nous sommes en 2023 et les grandes plateformes sociales ont atteint leur apogée. Cette affirmation peut surprendre, pourtant il existe de nombreux signaux faibles qui me font légitimement dire que la croissance des grandes plateformes sociales est certainement terminée :

Tous ces signaux faibles mis bout à bout poussent les grands acteurs des médias sociaux à préparer la suite. D’ailleurs, Meta n’a pas attendu et s’y prépare depuis de nombreuses années : Meta est la seule société qui a la vision, l’ambition et les moyens de créer le premier métavers. Aujourd’hui moqué par les mêmes qui ne juraient que par le métavers il y a quelques mois, l’empire de Mark Zuckerberg a les reins solides et persiste dans sa réorientation stratégique : The Metaverse Is Still the Next Big Thing, Meta Insists.

Tout a commencé pour Facebook avec le rachat d’Oculus, mais après presque une décennie, les ambitions ont été revues à la hausse, puisque Meta n’est plus vraiment positionné sur le marché de la réalité virtuelle, mais sur la réalité mixte et plus généralement celui des médias immersifs : Oubliez le métavers et concentrez-vous sur les médias immersifs. Un marché plus global qui inclut les contenus 3D, expériences immersives et les jeux vidéos, donc un TRÉS gros meta-marché : The New Era of Immersive Entertainment.

Est-il réaliste de penser que ce marché existe réellement (qu’il y a une logique à vouloir tout faire rentrer dedans) et que les big techs peuvent légitimement le revendiquer ? Oui j’en suis persuadé.

Deux approches distinctes pour Apple et Meta

Il y a 15 ans, Apple avait opéré un coup de maitre avec son iPhone en s’accaparant le marché balbutiant des téléphones intelligents, imposant au passage sa vision des smartphones. Je pense ne rien vous apprendre en écrivant qu’il semble impossible de refaire le coup de l’iPhone avec la réalité augmentée ou virtuelle, encore moins avec la réalité mixte, tant le défi technique et fonctionnel est élevé.

Mais ça n’a pas empêché Apple de présenter en grandes pompes sont futur masque : le Vision Pro. Dire qu’avec cette future offre Apple cible le haut du marché est un euphémisme, car avec un prix de vente qui va avoisiner les 4.000€, on se demande qui peut être réellement intéressé par le Vision Pro peut intéresser : La réalité mixte bientôt accessible au grand public, mais pas grâce à Apple. De son côté, Meta est bien plus réaliste et espère capitaliser sur son savoir-faire et sur la dernière itération de sa gamme : le Quest 3 commercialisé à 550 €.

Nous avons ici un très beau cas d’école, puisque ces deux géants numériques adoptent des stratégies de conquête du marché complètement opposées :

  • Apple veut commencer par créer un produit désirable, puis le rendre accessible au plus grand nombre (éventuellement) ;
  • Meta a commencé avec un produit accessible au plus grand nombre, puis l’a amélioré pour le rendre désirable.

Vous noterez que cette course ne se joue pas à deux, car Microsoft et Google étaient déjà positionnés depuis longtemps. Ils sont toujours en embuscade, mais il est peu probable qu’ils parviennent à revenir dans la course en quelques mois.

Apple peut-il réussir son pari ? Je ne sais pas, mais ce dont je suis certain, c’est que jusqu’à preuve du contraire, le Vision Pro n’existe pas : ce n’est qu’un prototype réalisé en quelques dizaines d’exemplaires pour pouvoir satisfaire les journalistes. Plusieurs axes d’amélioration ont ainsi déjà été dévoilés avant sa commercialisation effective en début d’année prochaine : Apple’s Challenge for the Next Vision Pro: Making It Easier to Wear.

Meta peut donc légitimement se targuer d’être le leader actuel du marché avec des dizaines de millions d’unités écoulées (Global XR Headsets Shipments Market Share) et de très beaux profits réalisés grâce à sa place de marché d’applications : Quest Store Revenue Reaches $2 Billion.

Il est tout à fait logique que Meta occupe cette place de leader, car ils ont été les premiers à investir, et de surcroît de très grosses sommes (plusieurs milliards de $). Je peux même aller plus loin et dire que le marché actuel de la réalité mixte n’existerait pas ou ne ressemblerait pas à ça sans l’implication de Meta qui a par ailleurs contribué au succès de titres de référence comme Beat Saber qui est à ce jour le plus gros succès des jeux de réalité virtuelle : Beat Saber Reportedly Generated Over a Quarter Billion Dollars in Lifetime Sales.

Maintenant que ces précisions ont été faites, Meta peut-il conserver sa position de leader ? C’est là où les avis divergent…

Deux atouts indéniables pour le Quest de Meta

Commençons par détailler les deux principales forces de Meta sur le marché de la réalité virtuelle : son savoir-faire industriel ainsi que son catalogue de jeux.

Tous ceux qui ont mis la main sur un masque Quest vous le diront : le confort et la facilité de prise en main sont exemplaires pour un équipement à ce niveau de prix, le rapport qualité / prix est absolument imbattable. Mais est-ce suffisant ? La question était légitime il y a quelques mois, mais avec la troisième itération de son masque, Meta démontre une réelle capacité d’amélioration (Meta Quest 3 review: almost the one we’ve been waiting for), ce qui implique une belle marge de progression.

Au niveau des caractéristiques techniques, même si elles ne sont pas aussi impressionnantes que le Vision Pro (qui sera vendu plus de 7 fois plus cher), le Quest 3 propose des composants d’excellente qualité, notamment pour l’affichage (un écran LCD de 2064 x 2208 pixels pour chaque oeil offrant un taux de rafraîchissement à 120 Hz) et la puissance, notamment grâce à la dernière puce de Qualcomm (le Snapdragon XR2 Gen 2). Cette troisième itération vient de sortir, donc il faudra encore attendre quelques mois avant de voir de réelles améliorations : Five ways the Meta Quest 3 will change the game. Signalons également des accessoires bien pratiques, avec une marge confortable à la Apple : Meta’s Quest 3 wireless charging dock juices up your headset and controllers.

Tout ceci serait inutile s’il n’y avait pas des applications pour en profiter, et c’est le second point fort de Meta : un catalogue de jeux très étoffé, notamment avec des jeux gratuits pour les débutants : 25 Free Games & Apps Quest 3 Owners Should Download First.

Mais il y a surtout des titres de référence comme I Expect You To Die, de très belles réalisations techniques comme Bonelab, mais aussi des jeux à priori moins ambitieux, mais terriblement fun, car spécifiquement conçus pour la réalité virtuelle comme Tentacular et surtout la dernière pépite en date, We are One.

Enfin, il y a les grandes productions (issues de licences AAA) comme Assassin’s Creed Nexus VR :

Cerise sur le gâteau, le Quest propose également le portage de Roblox, LA star des environnements virtuels, la plateforme censée nous amener vers le métavers : Roblox is now available to try on Meta Quest VR headsets.

Tout ceci est très TRÈS convaincant, mais là nous ne parlons que de réalité virtuelle, pas de réalité mixte ou étendue. Si des progrès indéniables ont été réalisés, ce Quest 3 souffre encore visiblement d’une comparaison désavantageuse avec le Vision Pro d’Apple qui s’impose comme la référence en la matière alors qu’il ne sortira que l’année prochaine. Mais ce détail n’a l’air de gêner personne…

Toute la ferveur des fan boys et des marchés financiers derrière Apple

Il n’est de secret pour personne qu’Apple bénéficie du soutien inconditionnel des fidèles de la marque à la pomme ainsi que des marchés financiers : quoi que propose Apple, le consensus est que c’est forcément cool et que ça va forcément marcher. Une vision très réductrice, puisque l’histoire d’Apple nous démontre qu’ils n’ont pas réussi tous leurs lancements (ex : l’iPad et l’Apple Watch qui ont mis plusieurs années avant de trouver leurs cibles).

Dans les faits, si l’on fait abstraction des spéculations et fantasmes, le seuls cas d’usage probant pour le Vision Pro est de regarder des films / séries et des matchs de sport : Quels scénarios d’adoption pour la réalité étendue ? Et pour se faire, Apple peut s’appuyer sur un partenariat solide avec Disney.

C’est maigre, mais quand il est question de la plus grande société des produits électroniques grand public et de la plus grande société de divertissement au monde, on peut légitimement y croire. Croire à quoi ? Qu’ils finiront bien par sortir quelque chose qui tient la route. Ça, je n’en ai aucun doute. La grande question est plutôt de savoir dans combien de temps, et surtout ce que va faire Meta pendant ce temps-là.

Jusqu’à présent, nous étions dans le flou, mais avec les annonces récentes de la conférence Meta Connect, nous en savons plus…

La carte secrète de Meta : l’IA

Il y a encore quelques mois, nous pensions que le principal levier d’adoption des masques de Meta serait sa propre plateforme virtuelle, mais finalement non, même s’il y a eu des progrès indéniables : Meta’s Horizon Worlds social platform is finally coming to mobile and the web.

Plusieurs annonces très intéressantes ont ainsi été faites lors de la dernière grand-messe annuelle de Meta :

Cette conférence a été complétée avec une incroyable interview reposant sur des avatars photoréalistes : Mark Zuckerberg Was Interviewed In VR With Prototype Photorealistic Avatars. Une superbe opération de communication de Mark Zuckrberg pour ré-expliquer sa vision : Transcript for Mark Zuckerberg: First Interview in the Metaverse.

La feuille de route annoncée par le patron de Meta est de faire converger la réalité mixte avec LE sujet qui obnubile tous les professionnels du moment : l’intelligence artificielle. Pour pouvoir faire ça, il faut : des lunettes de réalité augmentée, un assistant numérique et un modèle de fondation. Ça tombe bien, Meta possède les trois, il ne lui reste plus qu’à les assembler dans u produit grand public. Bon OK, les smart glass présentées récemment ne proposent pas l’affichage, mais comme vous le verrez dans les exemples juste après, il n’est pas question de faire de la réalité mixte, mais de “simple” réalité augmentée avec affichage en sur-impression de bulles de dialogue, l’équivalent de ce que font les Google Glass depuis 10 ans.

Au quotidien, cette combinaison de lunettes intelligentes pourraient répondre à vos questions grâce à une interface vocale, nu cas d’usage potentiellement révolutionnaire, un cran au dessus des enceintes connectées :

Encore plus fort, elles vous permettraient de vous renseigner sur les objets ou situations que vous croisez dans votre quotidien grâce à la reconnaissance visuelle :

Je ne sais pas ce que ça évoque pour vous, mais là je pense que nous tenons un concept nettement plus viable que les prototypes déjà dévoilés comme le pin’s intelligent de Humane que l’on pourra prendre en main le mois prochain : Humane reveals first AI device – the Ai Pin – at Coperni’s Paris fashion show ahead of full unveiling on November 9.

Quand je parle de “concept viable”, comprenez par là que nous touchons probablement du doigt la prochaine étape, la fameuse “Next Big Thing” que tout le monde essaye d’anticiper depuis des années : AI, Hardware, and Virtual Reality. Avouez que les cas d’usage présentés ci-dessus ont nettement plus intéressants et concrets que ce qu’Apple a bien voulu nous montrer : À quel besoin répond l’informatique spatiale ?

Bien évidemment, tout ça ne va pas se faire tout seul, car si les équipes de Meta étaient en mesure de livrer un produit grand public, ça serait déjà fait ! Il y a donc encore un peu de chemin à parcourir avant de pouvoir se positionner sur cette “Next Big Thing”, le terminal connecté censé succéder au smartphone. Un chemin qui sera nécessairement emprunté par toutes les big techs américaines (Meta, Apple, Google, Microsoft et probablement Amazon qui dispose d’une très large gamme d’objets connectés) ou chinoises (Baidu, Xiaomi, Huawei…) et même le petit dernier de la bande : Details emerge on Jony Ive and OpenAI’s plan to build the ‘iPhone of artificial intelligence’.

Autant vous dire que les enjeux n’ont jamais été aussi élevés et que les prochains mois vont être passionnants. Reste à savoir comment tout ceci va s’inscrire dans un marché numérique de plus en plus contrôlé par l’Union Européenne qui est bien décidée à renforcer ses mesures de protectionnisme sous couvert de souveraineté numérique. Je ne critique pas, je pose la question…



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