Ils ont tout quitté pour devenir joaillier



Bonnot Paris, le gentleman de la pierre

De Cap Gemini à la joaillerie, il n’y a qu’un pas (de géant), franchi sans hésitation par François Deprez à l’âge de 28 ans. « J’allais obtenir le statut de manager et devenir papa. Je me suis dit que si je ne me lançais pas maintenant dans la grande aventure, il serait peu probable que je le fasse ensuite. » Ce besoin de changement ne venait pas de nulle part. « Je suis passionné par les gemmes depuis j’ai sept ans. Mes parents possédaient une maison dans le Jura, à Chaux des Près. Ils m’avaient emmené à Genève où j’avais été ébloui par les vitrines qui étincelaient rue du Rhône. Le déclic. Je me suis mis alors à collectionner les minéraux. » Cette passion retrouvée l’emmène tout d’abord vers le métier de négociant en pierres de couleurs. « Je savais que les débouchés n’étaient pas très nombreux pour les jeunes gemmologues et qu’il fallait proposer au marché quelque chose de différenciant, pour se faire une place aux cotés des légendaires maison Piat, Grospiron, ou des spécialistes émérites tels que Mathieu Tarin ou Eric Saul. » Après une formation au GIA à Londres, le nouvel entrant met en place une plateforme digitale de ventes réservée aux professionnels. « Au plus haut, on a eu plus de 6500 pierres à vendre en accès direct, sourcées au Sri-Lanka, à Jaipur et à Bangkok, photographiées de manière précise, avec un objectif de traçabilité la plus complète possible, ce qui est difficile pour les pierres de couleur. »

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Seconde étape : la création de la marque Bonnot Paris, en octobre dernier. « C’est le nom de mon grand-père, agrégé de lettres modernes ». L’entrepreneur angevin y fait fructifier le réseau qu’il a tissé ces dernières années entre les négociants, les brookers (c’est à dire les courtiers ou les commissionnaires) et les ateliers pour proposer une offre exaltant la transparence, à chaque étape du parcours de la pierre. » Sur le site du label, chacun est invité à choisir son modèle de prédilection parmi les collections existantes ou, mieux encore, à imaginer sa création sur mesure à partir des pierres disponibles. Des pierres classées selon leur variété, leur provenance, leur forme et leur traitement (chauffée ou non, huilée), toutes délivrées bien entendu avec les certificats ad hoc : chaque cout est expliqué de manière pédagogique. De superbe facture, la fabrication quant à elle, s’effectue soit à Paris, soit à Angers. Un modèle hybride qui limite les intermédiaires, aussi épatant qu’éclairant. 

Douze Paris, la sororité en héritage

« Le féminisme, c’était très tôt, très jeune ». Hermine Sacau explique sa volonté de s’épanouir dans l’entreprenariat par son éducation. « Ma mère voulait que je sois indépendante, respectueuse des autres et que je trouve un sens dans le fait de me lever chaque matin en allant travailler. » Le déclic joaillier, quant à lui, s’est produit un peu plus tard. « J’étudiais les business plans durant mes études à l’ESSCA. L’un de mes stages m’a conduit chez une créatrice de bijou fantaisie. Je me suis alors intéressé à cette activité et j’ai découvert son potentiel. » La jeune femme s’en souviendra lorsqu’après avoir travaillé dans le digital marketing, elle décide de fonder son label joaillier, baptisé Douze Paris. Un chiffre à haute teneur symbolique, auquel la créatrice assigne une signification plus personnelle : « Je suis née un 12 décembre, comme mon arrière-grand-mère qui m’a précisément fait aimer la joaillerie. Elle avait fui la Pologne durant la guerre et avait pris l’habitude de convertir ses richesses en bijoux, des valeurs transportables… »

L’obtention d’un diplôme en gemmologie se justifiait pour plusieurs raisons, parfois inattendues : « Il fallait que je sache de quoi je parle bien entendu, mais j’avais aussi compris que mes interlocuteurs seraient souvent des hommes, plutôt âgés. Il fallait avoir du répondant. Enfin, il y a l’aspect contrôle qualité. Ma structure a une dimension à taille humaine, il fallait que je puisse expertiser moi-même les pierres. Je précise que cela m’a reconcilié avec les maths et la physique. » Ce cheminement se matérialise, chez Douze Paris, par des collections au design épuré et contemporain : une joaillerie du quotidien s’ordonnant autour de l’or recyclé, couronné de pierres naturelles, choisies avec soin. « Je me m’approvisionne qu’auprès de fonderies ou ateliers labellisées RJC-COC afin de maitriser la traçabilité des métaux et de m’assurer que les conditions de travail sont responsables. Se sentir brillante, ça passe aussi par l’impact que l’on a sur les autres et sur notre planète. » La grande majorité des créations est fabriquée à la demande, pour favoriser une consommation raisonnée. 

https://www.douze-paris.fr

JEM Paris : l’or de l’engagement

Dorothée Contour a quitté sans regrets son cabinet de conseil et de stratégie. « En tant que consultante senior, je travaillais pour les entreprises du CAC 40, sur des problématiques de développement de marché, d’amélioration de la performance, d’organisation, des mots et un univers très business. C’était intellectuellement passionnant. Il fallait comprendre rapidement des métiers très différents, de Arcelor au Printemps, avec leurs problématiques spécifiques. » L’ancienne diplômée d’HEC s’épanouit aujourd’hui à la tête de la maison JEM qui impose depuis quelques années son autorité dans le petit cénacle de la joaillerie engagée. La marque propose des créations sculpturales qui conjuguent pureté des lignes, intelligence des constructions et ingéniosité des volumes, souvent imaginés par les grands noms du design ( India Mahdavi, Ha-Yeon Lee, Pauline Deltour).

« « Ma rencontre en 2008 avec les communautés minières en Colombie a été déterminante : elle a forgé ma volonté de soutenir une filière qui veut mettre fin à l’exploitation anarchique et dangereuse des mines artisanales. » Car la maison JEM ne propose que de l’or fairmined : le métal ne provient que de gisements autonomes et responsables. Un positionnement crucial pour l’entrepreneuse. « L’or recyclé c’est bien mais ça ne résout pas les problématiques liées à l’extraction, à l’utilisation de mercure, au travail des enfants. Or, cette extraction existera toujours, avec ou sans les joailliers, car l’or est aussi et avant tout une monnaie. Mon rôle, à toute petite échelle, consiste à favoriser l’élaboration de standards faisant progresser les pratiques, d’un point de vue social et environnemental. »

https://www.jem-paris.com – 10, rue d’Alger, Paris 1er

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