L’innovation technologique est-elle systématiquement un progrès ? – FredCavazza.net


L’innovation numérique tourne à plein régime depuis de nombreuses années. Stimulée par les taux d’intérêt négatifs, la tendance est plus de chercher l’innovation de rupture que l’amélioration incrémentale. Des entrepreneurs aux big techs en passant par les médias et cabinets de consulting, tous glorifient l’innovation technologique à tout prix, d’autant plus si elle vient de la Silicon Valley (ChatGPT), d’autant moins si elle vient de Shenzen ou Shanghai (TikTok). Ceci nous prouve que l’innovation est une arme à double tranchant, aussi je m’autorise à questionner la fuite en avant du marché, toujours en quête de la “Next Big Thing”, mais pas nécessairement enclin à adopter des technologies et usages qui ont pourtant largement faits leur preuve. Doit-on continuer à se bercer d’illusions ou commencer à faire preuve d’un peu plus de réalisme ?

Aviez-vous remarqué à quel point l’actualité des usages numériques est à la fois loufoque et terrifiante ? Morceaux choisis :

Au vu de ces infos, on pourrait légitimement se demander si les usages numériques n’ont pas pris un virage dangereux… Tout ceci participe à un malaise grandissant dans l’opinion publique vis-à-vis des outils et supports numériques. Un sentiment largement relayé dans les médias traditionnels : quand j’étais petit, les méchants des films de James Bond étaient des trafiquants d’armes ou des ex membres de l’armée russe. Dans le dernier Mission Impossible, le méchant est une intelligence artificielle. Est-ce un signe des temps ? Très certainement. Ce qui est certain, c’est que le niveau général d’incertitude est en train de remonter (cf. le World Uncertainty Index), probablement une conséquence de l’impossibilité pour le grand public de se projeter dans un futur proche rendu indistinct par la permacrise et par les discours beaucoup trop enjoués des techno-prophètes.

À qui la faute ? Les torts sont très clairement partagés…

Des supports et usages numériques à la dérive

30 ans après leur introduction auprès de grand public, les outils numériques sont omniprésents dans notre quotidien et sont maintenant la source de débats de sociétés tant les dérives sont prégnantes, aussi bien dans les usages persos que pros : La transformation numérique est-elle créatrice de valeur ou de dérives non maîtrisées ? Il en découle logiquement un fort ressentiment, d’autant plus que tout le monde n’y a pas forcément accès (Illectronisme : Un Français sur 3 reste éloigné du numérique).

Et pendant ce temps-là, comme si de rien n’était, on continue de répéter jusqu’à l’écœurement que oui, l’intelligence artificielle va vraiment tout bouleverser, surtout avec les dernières mises à jour de ChatGPT : OpenAI makes GPT-4 generally availableCode Interpreter comes to all ChatGPT Plus users — ‘anyone can be a data analyst now’. Pourtant, les statistiques racontent une autre histoire (ChatGPT users drop for the first time as people turn to uncensored chatbots et Study claims ChatGPT is losing capability).

GPT réussira-t-il son pari de devenir LE modèle de langage de référence ? Dans le milieu universitaire, très certainement, mais pour les usages grand public, les choses commencent à se compliquer avec l’arrivée des premiers recours collectifs pour violation de propriété intellectuelle (Sarah Silverman is suing OpenAI and Meta for copyright infringement). Une réaction hautement prévisible du marché qui nous fait dire qu’il nous faut impérativement avoir une attitude plus prudente vis-à-vis des innovations technologiques qui sont censées disrupter tous les marchés et tous les métiers du jour au lendemain (ChatGPT : « Saluer l’avancée technologique, mais comprendre les limites de ce type de système »).

C’est à se demander si les “experts IT” que l’on croise sur Twitter ou LinkedIn sont capables d’apprendre de leurs erreurs…

Encore combien de pics des attentes exagérées ?

Lancé en 1995, le fameux Hype Cycle for Emerging Technologies du cabinet Gartner essaye de modéliser les courbes d’adoption des innovations technologiques. Une modélisation qui échoue la plupart du temps à prédire les prochaines ruptures (cf. cette critique publiée en 2016 : 8 Lessons from 20 Years of Hype Cycles).

Certains pensent que ces phénomènes d’emballement médiatique sont plutôt sains (Why New Technologies Fail to Live Up to Expectations, and why that isn’t necessarily a bad thing), j’y vois plutôt un brouhaha qui complique l’assimilation d’usages numériques pérennes et surtout un gâchis d’énergie.

Néanmoins, le marché ne semble pas se lasser de ces cycles qui se répètent et qui sont pourtant très déceptifs (l’adoption est systématique plus lente et différente que les prévisions). Ainsi, vous avez aisément pu constater ces derniers mois la frénésie autour des IA génératives qui relancent l’enthousiasme des apôtres du solutionnisme technologique (vos fils d’actualités en regorgent).

Plus qu’un argument de vente, l’innovation technologique est devenue une véritable religion, c’est à dire selon sa définition “un ensemble de croyances qui régissent le rapport entre l’homme et la société”, avec ses prophètes (ex : Steve Jobs, Elon Musk…) et ses grands-messes (ex : CES, Vivatech…) : L’innovation est la nouvelle religion moderne.

Ceux qui osent douter de la capacité des innovations technologiques à résoudre tous les problèmes du monde sont décrits comme des barbares rétrogrades. L’innovation technologique n’est maintenant plus considérée comme un avantage compétitif, mais comme un pré-requis, une condition de survie dans un marché en perpétuelle recherche de la “Next Big Thing”. Selon cette doctrine, le manque d’innovation est le pire des fléaux : Les dirigeants craignent plus le retard technologique que la récession.

Loin de moi l’idée de jouer les barbares rétrogrades, car je suis le premier à reconnaitre et à tenter de vous faire comprendre le rôle primordial que jouent les outils et supports numériques dans notre quotidien : ils guident littéralement nos pas (Maps, Waze…), dictent nos envies (Instagram, TikTok…) et nos convictions électorales (YouTube, Facebook…). Est-ce une bonne chose ? Je ne sais pas, mais c’est un fait incontestable : les terminaux numériques (smartphones, ordinateurs, montres et oreillettes connectées…) sont devenus nos compagnons de tous les jours, ceux dont on ne se sépare jamais. Ceci explique la fascination pour les innovations technologiques, celles qui sont censées sublimer nos compagnons numériques.

Le smartphone a indubitablement changé notre quotidien et la société en à peine 15 ans, ainsi depuis le lancement de l’iPhone nombre d’entrepreneurs et big techs rêvent de disrupter à leur tour le marché et engranger des bénéfices. Contrairement au discours que l’on essaye de nous vendre, la recherche de la “Next Big Thing” n’est en rien philanthropique, elle est purement mercantile. À une époque où les taux d’intérêt étaient négatifs, investir dans l’innovation technologique était une tactique intéressante et rentable, mais maintenant que les taux d’intérêt sont remontés l’innovation technologique à tout prix est légitimement remise en cause. Sous prétexte d’accélérer (ou de relancer) la transformation digitale, l’innovation technologique est devenue une fuite en avant, on ne sait plus pourquoi on doit innover, mais si l’on n’innove pas suffisamment vite, c’est la mort assurée (Entrons-nous dans une nouvelle ère d’innovation ?).

Le problème est que les discours sur l’innovation ne séduisent plus autant qu’avant : Plus d’innovation, de promesses ou de prophéties n’amélioreront pas l’adoption ou l’acceptation de nouveaux usages numériques. D’une part, car elles ne délivrent pas toutes les promesses formulées (euphémisme), et d’autre par, car cette course à l’innovation technologique se heurte à le rarefaction des ressources énergétiques et naturelles : « Il nous reste environ trente ans de numérique devant nous ».

Croyez ou non, mais il y a une limite à la capacité d’absorption du marché, une limite au-delà de laquelle l’enthousiasme se transforme en défiance, et nous l’avons atteint : Vous rêvez d’un monde sans Internet ? Eux aussi.

De voir cet homme à l’arrière-plan brandir fièrement un panneau “Je suis amish” m’attriste profondément. C’est le signe que nous, les professionnels du numérique, avons échoué.

L’accélération numérique jusqu’à la rupture ?

Dans ce contexte très tendu, l’accélération numérique (hyper-croissance + captation totale de la valeur + concurrence asymétrique) est-elle encore réaliste ou souhaitable ? Encore une fois : non, je ne prône pas la décroissance numérique, je m’interroge simplement sur la pertinence d’encourager à tout prix l’innovation technologique, sachant que les utilisateurs comme les institutions ont déjà bien du mal à assimiler les précédentes innovations.

ChatGPT est selon moi la figure emblématique de cet acharnement : l’intelligence artificielle est un sujet vaste et complexe, qui nécessite un effort pédagogique soutenu pour en saisir les subtilités et les enjeux (ici un long dossier : IA générative : évolution, révolution… ou dégénération ?). Cet effort pédagogique a été initié il y a de nombreuses années avec la vague d’enthousiasme pour le deep learning, mais est aujourd’hui ruiné par des discours et promesses complètement loufoques (ex : L’IA générative va soigner le cancer). En quelques semaines, ChatGPT est devenu la nouvelle poule aux oeufs d’or, sa simple évocation fait briller les yeux et enfler les valorisations. Mais c’est aussi devenu un épouvantail pour beaucoup, celles et ceux qui craignent une technologie qu’ils ne comprennent pas.

Ainsi, nombreux sont ceux qui appellent à une régulation de l’IA, non pas parce qu’il y a un risque (1.300 Experts: AI is Not a Threat to Humanity), mais parce qu’on leur a fait croire qu’il y en a un (Global Sentiment on AI). Plus généralement, l’enthousiasme des uns (“Beaucoup de temps gagné“) est la crainte des autres (“Nous allons être remplacés“), alors que dans la réalité, si les gains sont effectivement bien réels (AI Improves Employee Productivity by 66%), ils se cantonnent aux tâches répétitives et prévisibles que l’on ne trouve qu’en bout de chaine (The workers at the frontlines of the AI revolution).

En plus de l’éco-anxiété nous devons maintenant faire face à la techno-anxiété, car nous avons atteint les limites de la capacité d’absorption du marché : nous n’avons pas besoin de plus d’innovation, mais de plus de pédagogie pour éviter d’aggraver le phénomène de rejet, surtout en entreprise : AI isn’t something business leaders can rush into. Très clairement, le principal enjeu n’est pas technologique (des modèles exploitant toujours de paramètres ou de tokens), mais culturel (une dette numérique trop importante qui grève l’adoption).

À la décharge des citoyens et salariés, il faut bien reconnaitre que les deux dernières années ont été très (trop) denses en matière d’innovation avec des technologies disruptives qui se chevauchent, mais ne délivrent pas leur potentiel faute d’adoption à grande échelle.

Je pense ne plus avoir à prouver mon implication dans la diffusion de la culture numérique (ce blog existe depuis 20 ans et héberge plus de 4.000 analyses et articles de vulgarisation), mais je ne peux m’empêcher de faire preuve de scepticisme envers cette déferlante de nouvelles technologiques : est-ce réellement utile et/ou profitable ?

Ce qui me soucie le plus, n’est pas tant la planète que les emplois : chaque nouvelle innovation est une raison supplémentaire pour les patrons de douter de l’intérêt d’accélérer leur transformation digitale (“À quoi bon, j’attendrais la prochaine révolution“). À une époque, la clé de la transformation digitale était l’évangélisation : il fallait expliquer ce que ça couvrait et ses bienfaits. Aujourd’hui, c’est l’adoption : il faut s’assurer que tout le monde la comprenne et l’accepte pour en profiter. Pour le vivre au quotidien avec mes clients, je peux vous assurer que c’est un véritable sacerdoce : une bataille sans fin qui se joue réunion après réunion, bureau par bureau.

Parfois, j’ai l’impression que nous sommes dans une spirale infernale : chaque nouvelle innovation technologique apporte son lot de scepticisme et de méfiance, retardant ainsi la montée en compétences des équipes. Tout ceci engendre un paradoxe qu’il est très compliqué de résoudre : nous n’arrivons pas à former suffisamment vite pour suivre l’évolution du marché et des attentes (Le boom du secteur numérique : un taux de croissance de 6,3 % prévu pour 2023, mais les compétences restent un défi majeur).

Et pendant qu’on s’interroge sur l’impact de la réalité mixte sur l’expérience client ou que l’on cherche à former les collaborateurs au prompt engineering, d’autres sujets moins visibles ne sont pas abordés malgré leur criticité (The privacy changes as part of Apple iOS 17 and Google’s Chrome could mean a messy month for marketing).

Voilà pourquoi j’adopte aujourd’hui une attitude réservée, voir critique, à l’égard de cette obsession pour les innovations disruptives, car elles sont contre-productives. Et je ne suis pas le seul à le penser.

Les avis divergent sur les progrès technologiques

La question de savoir si nous avons besoin de plus d’innovations technologiques est ambigüe, car ce n’est pas tant une question de besoin que de capacité. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer dans un précédent article : non, nous n’avons pas besoin de masques de réalité mixte à 4.000 € (La réalité mixte bientôt accessible au grand public, mais pas grâce à Apple), tout comme nous n’avons pas besoin d’un énième clone de Twitter. Il y a d’une part un problème de saturation du marché que j’ai évoqué plus haut, mais également des limitations plus terre-à-terre comme l’augmentation programmée des tarifs de l’électricité (lire à ce sujet cet article publié l’année dernière : La “Next Big Thing” se heurte à l’impératif d’un numérique plus responsable.

Toutes ces considérations environnementales, sociétales et culturelles nous amènent à relativiser la pertinence de la transformation digitale à marché forcée. Certes, on n’arrête pas le progrès, mais on a tout à fiat le droit de prendre du recul et d’avoir une vision critique sur les gains nets. Par “gains nets” j’entends la différence entre les impacts positifs et négatifs de l’innovation ou du progrès. Si l’on prend un minimum de hauteur par rapport à la transformation digitale de notre société, on se rend ainsi vite compte que le bilan est plutôt mitigé :

Ce qui est fait est fait, il n’est pas question de revenir en arrière ou d’interdire les smartphones, mais si votre travail consiste à persuader les autres des bienfaits de la transition numérique (comme c’est mon cas), je peux vous garantir que l’optimisme aveugle n’est plus de mise, pour convaincre il faut tenir un discours plus réaliste et avancer des arguments pragmatiques. Certes, il y a aussi la possibilité d’utiliser des scénarios catastrophes (après tout, la peur fait vendre), mais je m’y refuse.

Les innovations technologiques n’ont d’intérêt que si elles profitent au plus grand nombre, pas si elles ne font que renforcer les inégalités et les sur-profits (A Blueprint for a Better Digital Society). Pour aller dans ce sens je vous encourage à lire cette interview très intéressante de Doug Rushkoff, un essayiste connu pour son techno-optimisme, auteur notamment de “Les 10 commandements de l’ère numérique“, mais qui a revu sa posture et vient de publier un livre à charge contre la fuite en avant technologique portée par les ultra-riches (“Survival of the richest, escape fantasies of the tech billionaires“) : Doug Rushkoff Is Ready to Renounce the Digital Revolution. La question de fond porte sur l’égalité des chances d’avoir une vie heureuse et enrichissante, ou plutôt sur la redistribution des chances qui est corrélée à celle des richesses.

Tout ceci nous fait nous questionner sur le progrès, celui qui nous est promis à chaque nouvelle innovation technologique. Le progrès désigne l’amélioration d’une situation, d’une condition ou d’une société vers un état jugé plus souhaitable. Est-ce que la société telle qu’elle est aujourd’hui ressemble à un idéal pour vous ?

Sans verser dans le passéisme (“C’était mieux avant“), il convient encore une fois de relativiser la pertinence de toutes ces innovations, ce n’est ni un crime, ni la preuve d’une quelconque appartenance à une secte technophobe. Si je suis convaincu que la transition énergétique passera nécessairement par une optimisation de tous les objets / outils / véhicules de notre quotidien, donc par des innovations techniques / fonctionnelles, économiques / sociales…, je ne suis pas certain que glorifier les innovations technologiques de rupture en espérant qu’elles nous sauvent un jour soit une attitude très responsable.

À ce sujet, je ne suis ni naïf ni défaitiste, je crois simplement en l’amélioration continue, un principe qui s’applique parfaitement aux innovations dites de rupture comme les smartphones (il suffit de comparer l’iPhone 1 avec l’iPhone 4) ou les logiciels en ligne (le Gmail d’aujourd’hui est beaucoup plus puissant et riche d’un point de vue fonctionnel que la version du lancement). Selon cette optique, j’adhère tout à fait au mouvement protopien : La protopie, un futur plus désirable que l’utopie et la dystopie réunies . Contrairement à l’utopie, la protopie conçoit un avenir meilleur sans pour autant être parfait. Selon cette théorie théorie, les sociétés protopiennes améliorent lentement et régulièrement la qualité de vie de leurs habitants, notamment grâce aux innovations technologiques.

Malheureusement, cette vision mi-réaliste mi-optimiste est loin de faire l’unanimité, car la méfiance envers les contenus et services numériques l’emporte toujours sur la confiance, comme nous le confirme la 10ème édition du Baromètre de la confiance des Français dans le numérique.

Cette méfiance persistante est la principale raison qui devrait nous pousser à ne pas adouber cette fuite en avant (la recherche d’innovation disruptive) et nous intéresser plutôt à des améliorations incrémentales s’appuyant sur les contenus et services numériques qui vont faciliter notre quotidien des consommateurs / citoyens et des entreprises / institutions, comme par exemple la facture ou l’ordonnance médicale électronique (ex : Facturation électronique entre entreprises : une obligation et des opportunités pour les TPE-PME, Lancement de la Feuille de route du numérique en santé 2023-2027). Malheureusement ce n’est pas dans l’air du temps, car il est beaucoup plus valorisant socialement de critiquer les initiatives françaises et d’aduler les entrepreneurs de la Silicon Valley.

Qu’à cela ne tienne, je reste convaincu que la période est idéale pour prendre de la hauteur et réfléchir à l’impact à moyens et longs termes de la transformation digitale : Les macro-tendances et grands enjeux qui vont façonner la civilisation numérique du 21e siècle. Et comme c’est systématiquement le cas, il n’y a pas réellement de bonne ou mauvaise façon d’opérer la transition numérique, mais une nécessité d’adopter une plus approche équilibrée, plus responsable, plus équitable pour tous : Une transformation digitale vertueuse à travers la responsabilité numérique des entreprises.

Je vous invite à profiter de la trêve estivale pour réfléchir à vos usages numériques et à bien mesurer la place qu’occupent les supports numériques dans votre quotidien. Cette réflexion sera la première étape d’acceptation et d’assimilation des innovations technologiques à venir (mais pas le Vision Pro d’Apple qui de doute façon restera hors de prix).



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