« Je suis chef d’entreprise depuis mes 16 ans »


Publié le 8 janv. 2024 à 11:50

« Dès l’adolescence, j’ai envie d’être indépendant financièrement, de m’acheter ce que je veux sans avoir à demander à mes parents. Alors, à 15 ans, quand ils m’offrent un ordinateur à Noël, je m’empresse d’aller sur YouTube regarder des vidéos qui expliquent comment gagner de l’argent en ligne.

C’est comme ça que je découvre l’affiliation, une technique qui consiste à mettre en relation des vendeurs et des acheteurs, en prélevant une commission. Comme lorsqu’on se rend sur un site de comparateur de billets d’avion et que la plateforme se rémunère si on achète un billet en passant par elle.

Je m’en inspire et lance une plateforme de comparateur de vêtements. Un échec. Il faut dire que je n’ai pas les codes du marketing et ne sais pas comment la faire connaître. J’en parle quand même à un voisin qui a sa petite boîte d’informatique.

Il me dit qu’il a plein de clients qui galèrent à avoir une présence en ligne correcte et me propose de me faire la main auprès de l’un d’eux, en lui créant un logo, un site web, sa charte graphique et en l’accompagnant sur Instagram gratuitement. J’accepte, et me forme à l’aide de vidéos sur YouTube et de contenu que je trouve sur le web.

Ouvrir une entreprise à 16 ans

Content du résultat, le commerçant qui a fait appel à moi me met en relation avec d’autres pour qui je fais la même chose, de nouveau gratuitement. Là, du haut de mes 16 ans, je réalise que je peux faire payer mes services. Mais pour ce faire, il me faut monter une entreprise. Direction l’Urssaf. Je m’y rends à plusieurs reprises et à chaque fois, c’est le même refrain : sur place, on me répond que je suis trop jeune, qu’il faut attendre d’avoir 18 ans. Un jour, je débarque avec une pile de textes imprimés qui indiquent qu’on peut créer une boîte en étant mineur… et ça finit par passer !

J’ouvre ainsi mon autoentreprise à l’automne 2020 sous le nom de Digicomarket. A ce moment-là, je suis en première STMG, une filière technologique où l’on m’a envoyé après une seconde générale à Lille où mes notes étaient mauvaises. Il faut dire que les cours ne m’intéressaient pas… Alors que là, le cursus me semble plus concret, plus concernant.

Des mois à enchaîner cours et travail

Quand je ne suis pas en cours, je toque à la porte de petits commerçants pour leur proposer de leur faire un site web, un logo ou de gérer leur référencement en ligne.

Peu de temps après, la « Voix du Nord », le journal local, sort un article sur moi, en expliquant ce que je fais. Le jour même, mon téléphone ne fait que sonner ! Des chefs d’entreprise me proposent d’être leur prestataire. Dans l’enthousiasme, j’accepte des projets pour lesquels je n’ai pas encore les compétences, en me disant que je vais me former sur le tas. Résultat : je me retrouve submergé.

Dès que je sors de cours, je me plonge dans ces projets, souvent jusqu’à 2 ou 3 heures du matin. Je n’ai plus de vie sociale. Mais j’ai tellement d’adrénaline que je ne ressens pas la fatigue.

Mon bac en poche, j’intègre l’IUT de Roubaix, pour suivre un BUT (ex-DUT) en technique de commercialisation. Toujours avec un rythme très intense, où j’enchaîne cours et travail, sans temps mort.

En décembre, je n’arrive plus à me lever. Rendez-vous chez le médecin. Verdict : je travaille trop, il me faut choisir entre études et entreprise. J’opte pour l’entreprise, qui fonctionne bien et qui me semble avoir un beau potentiel de croissance. De plus en plus de clients viennent grâce au bouche-à-oreille, attirés par les résultats obtenus des clients.

Epaulé par des prestataires

Quand j’annonce à mes parents que j’arrête les cours, c’est la douche froide. Surtout pour mon père, qui pense que c’est une mauvaise idée. Lui a lancé sa boîte de vente de matériel de rééducation et quand j’étais petit, je lui reprochais souvent de ne pas passer plus de temps à la maison. Il sait à quel point il est compliqué de gérer une entreprise, qu’on y pense 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il préférerait que je profite de ma vie de jeune adulte et que je poursuive mes études.

Je saute malgré tout le pas. Dans les mois qui suivent, j’ai enfin l’impression d’être un véritable chef d’entreprise. Un pur bonheur. Je peux voir mes clients sans avoir à sécher les cours. Autre gros changement : avant, je passais mes journées avec des gens de mon âge, mais désormais, je côtoie au quotidien des personnes qui ont entre 20 et 30 ans de plus. Ces rencontres me font grandir rapidement. D’ailleurs, aujourd’hui, je m’ennuie avec des gens de mon âge, je me sens beaucoup plus à l’aise avec des personnes plus âgées.

En mars 2022, je passe sous le statut de société par actions simplifiées (SAS), pour pouvoir faire un chiffre d’affaires plus conséquent. Aidé par une prestataire qui occupe le poste de cheffe de projet trois jours par semaine, et par sept autres freelances, principalement des graphistes mais aussi des développeurs, on élargit notre palette de services en créant des vidéos de présentation et en formant nos clients aux réseaux sociaux.

Architectes d’intérieur, fleuristes, restaurateurs, réparateurs de volet, thérapeutes, centres de formations, associations sportives… Depuis quatre ans, les clients qui font appel à nous sont variés. A ce jour, 60 % sont implantés dans les Hauts-de-France, 35 % ailleurs dans l’Hexagone et 5 % à l’étranger (Belgique et Portugal).

Se ménager du temps

Quand j’ai lancé ma boîte, j’avais tendance à cacher mon âge, de peur de ne pas être crédible. Finalement, ça s’est révélé être un atout. Des chefs d’entreprise se disent que de par mon jeune âge, je dois être plus au fait de ce qu’il se passe sur le web.

Être entrepreneur me permet de choisir avec qui je travaille et mon emploi du temps, de travailler où je veux et de prendre des congés si j’en ressens le besoin. Mais entreprendre, c’est aussi beaucoup d’inconvénients qu’on n’imagine pas au début. Au quotidien, je ressens une pression constante car il me faut gérer la compta, tenir les délais, payer les prestataires… Il m’arrive même de me réveiller en pleine nuit car je réfléchis à quelque chose en lien avec le travail.

Avec le temps, j’ai appris à faire des pauses. Avant, je voulais travailler le plus possible. Désormais, je prends du temps pour moi, car il le faut. J’ai presque une vie de salarié… qui fait un peu plus d’heures (rires). En règle générale, je travaille de 8 heures à 22 heures. Parfois le samedi, mais j’essaye d’éviter.

Côté rémunération, j’ai au départ tout réinvesti dans l’entreprise. Depuis mon passage au statut de société, je me paye au minimum (1.500 euros par mois actuellement), préférant toujours investir dans l’avenir de l’entreprise.

Entreprendre m’a aussi ouvert des portes. En 2023, on m’a proposé d’intervenir dans une école de commerce à Lyon, en donnant des cours de marketing digital à des étudiants en master 1 et 2, plus âgés que moi. Difficile de tenir le rythme avec les déplacements, raison pour laquelle j’ai arrêté, mais j’aimerais à l’avenir renouveler l’expérience de l’enseignement.

On vient de sortir une nouvelle technologie de référencement local, qui, à l’aide de l’intelligence artificielle, nous permet de référencer plus rapidement et efficacement nos clients sur Google, dans la zone géographique qu’ils visent. J’exerce dans un secteur très mouvant, où les entreprises sont dans une course constante à l’innovation, et il me faut innover pour tenir sur la durée. D’ailleurs, je passe chaque jour une ou deux heures à m’informer sur mon secteur, sur l’IA…

Pour l’heure, je loue des bureaux près de Lille et travaille en priorité avec des clients dans les Hauts-de-France, pour pouvoir les rencontrer. A terme, j’espère pouvoir ouvrir des antennes ailleurs en France, voire en Europe.

Avec le recul, je comprends pourquoi mon père n’était pas trop partant au départ pour que j’arrête mes études et me lance dans l’entrepreneuriat. C’est vrai qu’entreprendre demande beaucoup d’investissement personnel. L’avantage, c’est que désormais, je comprends sa réalité, et lui la mienne. Nos discussions ont complètement changé, on parle énormément de business, de l’actualité, des opportunités… Je lui demande conseil, nous nous voyons plus souvent, et il m’aide dans les grandes décisions car il a une vraie perspective. Le fait que j’entreprenne nous a énormément rapprochés. »

À noter

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