Ermeline Gosselin et Guillaume de Walque : “On a eu un coup de foudre professionnel”


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Fils de “bonne famille”

Au tour de Guillaume de Walque de prendre la parole. Sur le papier, rien ne destinait ce fils de “bonne famille”, tendance catho, à devenir le chantre des valeurs de gauche. Celui qui est marié à un Breton et est père de deux enfants adoptés à leur naissance, quand le couple vivait en Californie, s’est très jeune affranchi des courants de pensée traditionnels de son milieu familial. “Suis-je le seul à voter à gauche dans ma famille ? Probablement ! “, raconte-t-il.

Après des études de droit et une maîtrise à l’université américaine de Columbia (avec une bourse Fulbright), suivie d’une expérience dans un cabinet d’avocat new yorkais “qui ne lui a pas plu”, il rejoint donc l’IEV.

Ermeline Gosselin, originaire de Mons, a, elle, rapidement travaillé pour le PS à la sortie de ses études de journalisme à l’ULB. Au moment de la fameuse crise des 541 jours sans gouvernement fédéral, et alors qu’elle s’apprête à devenir jeune maman, elle fait appel à Guillaume. L’un et l’autre ont donc été des proches collaborateurs de l’ancien président du PS, Elio Di Rupo. Pendant le mandat de ce dernier comme Premier ministre (de décembre 2011 à octobre 2014), Guillaume est son porte-parole et directeur de la communication. Ermeline accepte, elle, le poste de cheffe cab’ du bourgmestre de Mons.

Google, l’histoire d’un duo que rien ne destinait à exister

De 2015 à 2019, Guillaume de Walque part en Californie avec son mari. Il lance une agence de marketing digital et s’occupe notamment de toute la campagne de marketing d’influence pour le site de rencontres Tinder. Ermeline reste, elle, dans la sphère politique en aidant notamment une “grande amie”, la socialiste Fabienne Winckel, à décrocher le mayorat de Soignies. D’être séparés par l’Atlantique n’empêche pas les futurs associés de rester en contact. “On se voyait même quand Guillaume vivait aux États-Unis”, raconte Ermeline.

Peu de temps après être rentré en Belgique, Guillaume propose à Ermeline de lancer ensemble leur propre boîte de stratégie en communication. “Ma première réaction était un peu la panique car je ne venais pas d’une famille d’indépendants. On a commencé à réfléchir ensemble et puis ça a été le déclic. Je me suis dit : si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Le business a été créé à la veille de la crise sanitaire. Franchement, j’ai eu peur“, poursuit Ermeline.

Points communs

Interrogés sur leurs points communs, les deux associés évoquent, d’abord, des aspects plus personnels. “On ne vit pas pour le travail. Nous sommes des parents très dévoués à la famille. On donne une éducation assez similaire à nos enfants”, lâche Guillaume, avant d’ajouter que tous les deux sont “passionnés” (par ce qu’ils font), “exigeants. On bosse à fond. Il y a une adéquation des valeurs”. Et Guillaume d’ajouter, sur un ton très enthousiaste, qu’Ermeline “est la meilleure communicante en Belgique”.

“LinkedIn devient, pour certains grands patrons, un média à part entière”

Leur boîte a très vite démarré, même s’ils ont mangé de la vache maigre en ne se payant pas la première année. Chacun a un peu sa spécialité. Pour Guillaume de Walque, ce sont les réseaux sociaux, les aspects financiers et la stratégie de croissance. “LinkedIn devient, pour certains grands patrons, un média à part entière”, note-t-il. Ermeline travaille beaucoup sur les aspects contenu, les standards de qualité et la méthodologie. Ils reconnaissent quelques différences dans leur vision de la communication. Ermeline pense qu’il existe aujourd’hui une forme de tribunal médiatique. Raison pour laquelle il faut pouvoir accepter un client, même s’il suscite un a priori négatif, à l’instar d’un accusé qui a le droit d’être défendu par un avocat. Guillaume est plus à cheval sur la “protection de la réputation” de la boîte et sera dès lors plus réticent à proposer ses services dans certains cas.

Où ils sont complètement raccords, c’est sur les clients à proscrire, comme les entreprises du tabac, des jeux sportifs ou les patrons d’entreprises n’étant pas “nickel” par rapport à certains droits, dont ceux des femmes et des LGTBQ.

https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2025/08/19/nicolas-debray-et-gabriel-goldberg-premiers-employes-de-google-a-bruxelles-et-les-tic-et-tac-du-marketing-digital-devenus-touche-a-tout-54VDG4RWSNHZPCRMUVKPRQJVZM/

Quand ils ont démarré, ils avaient, on l’aura compris, tous les deux un beau carnet d’adresses. Mais cela ne suffit pas. Dans ce genre d’aventure, “il faut aussi de la chance” et de “la résilience”. Le coup de pouce de départ a été donné par Fabrice Brion et Arnaud Stiévenart. Les deux cofondateurs d’I-care, leader mondial de la maintenance industrielle prédictive, dont le siège se trouve à Mons, étaient dans la classe d’Ermeline. “Ils nous ont fait confiance à une époque où on démarrait de rien”.

Sur leur quasi six ans d’association professionnelle, ils disent ne pas avoir eu “de grosses disputes, pas de cassures”, même s’ils ont “comme valeur la franchise”.On se dit tout, mais rien ne prend de l’ampleur. Dans certains cas, on n’est pas d’accord, mais cela ne devient jamais un casus belli”.

Envie de grandir

Aujourd’hui, les affaires tournent. L’équipe est composée d’une quinzaine de personnes, dont cinq employés. La clientèle est belge et internationale, publique comme privée. “Nous travaillons avec des multinationales, des scale-ups, des grandes familles, des fédérations professionnelles, des ministres, des universités, des ONG, dans de nombreux secteurs (industrie, finance, énergie, pharma, aéronautique, défense, immobilier, etc)”, précise Ermeline.

Sans renier leurs anciennes accointances avec le PS, les deux associés insistent sur leur indépendance et leur ouverture d’esprit. “On n’a jamais été des apparatchiks. On a toujours été respectueux de tous les partis“, souligne Ermeline. Ils comptent parmi leurs conseillers des personnalités comme l’économiste Bruno Colmant, l’ancien président d’Ecolo Jean-Michel Javaux ou l’ancien procureur du Roi de Bruxelles Jean-Marc Meilleur.

Quand “1 + 1 = 3” ou l’histoire de duos d’entrepreneurs à succès

Forts de leur succès, ils affichent une envie de grandir. “On veut continuer à croître, mais pas à n’importe quel prix. On a le sentiment qu’on a créé une culture d’entreprise”, explique Ermeline. Et l’équipe pourrait-elle, un jour, être associée à la réussite de la société, par exemple par des stock options ? “Bonne question”, répondent-ils en cœur. “On a envie sur le principe, mais la complexité du système nous fait peur”, ajoutent-ils. Pour le moment, ils restent donc les deux seuls maîtres à bord.


Duos de choc

La Libre Éco entame ce lundi sa dernière série de l’été. Nous sommes partis à la rencontre de fondateurs d’entreprises, belges et étrangers, qui ont connu ou connaissent le succès grâce à une conviction profonde : “seul, on va plus vite ; à deux, on va plus loin”. Les success stories sont en effet rarement le résultat d’un seul homme ou d’une seule femme. L’histoire récente, en particulier dans le monde de la tech, montre que la plupart de ces histoires sont le résultat de “duos de choc”.



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