La mésaventure des 340 candidats recalés par une DRH, avec un mail commun sans respect de la protection des données le 11 septembre dernier, serait une anecdote s’il ne cachait pas une terrible réalité. Aujourd’hui, bon nombre de secteurs sont saturés et chercher un emploi devient une galère.
À la mi-septembre, quelque 340 personnes ont toutes reçu en même temps un refus d’embauche pour un poste en CDD dans une entreprise culturelle toulousaine. Ils ont découvert en même temps que leur secteur n’était plus aussi porteur qu’ils l’imaginaient. Témoignage de deux de ces candidats.
340 candidats pour un seul poste en CDD de quelques mois dans le secteur de la communication digitale. Ce 11 septembre, les postulants ont reçu un refus commun par mail, avec en copie non cachée, la liste des autres candidats. Des hommes et des femmes âgées de 20 à plus de 40 ans. Au-delà de la bévue de la DRH, qui a oublié la protection des données, cette histoire révèle la réalité du marché du travail.
Et plus particulièrement dans un secteur, devenu tendance avec le développement du net et des réseaux sociaux : celui du marketing digital. Les écoles se multiplient et forment de plus en plus d’élèves. Mais pour quel résultat au final ? On est loin des promesses vantées par les instituts de formation. “Ce n’est plus un métier d’avenir”, témoigne Damien, 40 ans et déjà 20 ans d’expérience en marketing et communication digitale.
Damien est diplômé d’un DUT Multimédia et Internet. Il a également effectué une licence pro en alternance dans les années 2000. Très vite, il décroche son premier CDI, puis un 2ème et accumule de l’expérience : “J’ai travaillé 7 ans dans l’E-commerce, puis 10 ans comme responsable de communication”, raconte Damien. “Mais début 2024, on m’a annoncé que le budget com était supprimé. Je suis donc reparti presque de zéro”.
A 40 ans, Damien repart de zéro pour décrocher un CDI dans le marketing et la communication, mais les offres se font de plus en plus rares.
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© Damien Sanchez
“En 6 mois de recherche d’emploi, j’ai dû envoyer 137 candidatures“, poursuit Damien. “Mais souvent mon expérience trop grande jouait contre moi, il aurait fallu me payer plus cher que les jeunes. Et puis en matière de communication digitale, les entreprises ne savent pas trop quels sont leurs besoins, alors elles intitulent mal leur libellé de poste et espèrent trouver dans le lot le candidat qui sait tout faire. Alors oui, c’est vrai que c’est inquiétant et difficile à encaisser quand on essuie cinq refus par jour”.
Pour Anna, l’équation est différente, fraîchement diplômée d’un master de communication, elle débute sa recherche après deux ans d’alternance : “J’ai eu beaucoup de mal déjà à trouver mes alternances et à chaque fois à la fin, on me disait au revoir, car l’entreprise ne bénéficiait plus d’aides”, explique la jeune femme de 23 ans. “Et ce job dans mon secteur celui de la culture, j’avais vraiment envie de le décrocher. Mais peut-être que mon manque d’expérience ne m’a pas aidé”.
Anna a pourtant déjà travaillé dans un studio d’enregistrement et une école musicale mais cela n’a pas suffi : “Je le vis mal, j’ai le sentiment de me jeter dans le vide”, avoue-t-elle. “Je me rends compte que c’est vraiment compliqué dans ce secteur avec la baisse des subventions à la culture et le nombre de candidats qui augmente”. Car Anna, comme beaucoup d’autres jeunes, sort d’une école privée de communication. Elles pullulent depuis quelques années, avec le boom du digital et des réseaux sociaux : “Mes parents ont investi 25.000€ pour mes études et au final rien. Ça fait peur”.
Pour faire face à la galère de décrocher un job, les 340 candidats recalés ont décidé de créer un groupe sur WattsApp “pour s’entraider et partager les contacts de leur réseau”. Damien a depuis retrouvé un CDD.
Quant à Anna, elle pense partir faire du volontariat à l’étranger pour acquérir une expérience nécessaire pour son avenir.
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