Whatnot, plateforme de live-shopping, a récemment annoncé une levée de fonds de 225 millions de dollars. En quoi consiste-t-elle? Et pourquoi connaît-elle un tel succès? RMC Conso vous explique.
Le téléachat 2.0. Créée en 2019, Whatnot, plateforme américaine de live-shopping, permet aux consommateurs d’acheter ou de vendre lors d’enchères vidéo en direct. Depuis sa création, la plateforme connaît une croissance exponentielle.
“Le chiffre d’affaires pour 2025 a déjà dépassé 6 milliards de dollars, soit plus du double du total de 2024. Le nombre de nouveaux acheteurs sur Whatnot a progressé de 285% en un an. Et la fidélisation client dépasse désormais 80% d’un mois sur l’autre, en hausse de 18% par rapport à l’année dernière”, nous explique Pierre Tettart, directeur général France de Whatnot.
C’est la raison pour laquelle le 28 octobre dernier, Whatnot a annoncé une levée de fonds de 225 millions de dollars, valorisant ainsi l’entreprise à 11,5 milliards de dollars, soit plus du double de celle affichée au début de l’année (4,97 milliards de dollars), d’après Les Echos.
Aujourd’hui, Whatnot est accessible dans neuf pays du monde: États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Belgique et Australie. Parmi eux, la France est un pays particulièrement stratégique pour le groupe.
“Nous avons enregistré une augmentation de 400% du chiffre d’affaires en un an, ce qui montre à quel point ce format résonne auprès du public. Du point de vue de la communauté, cela signifie également 400% de vendeurs supplémentaires sur la plateforme et 400% d’heures de diffusion en plus”, poursuit-il.
Mais alors, en quoi consiste cette plateforme? Et comment expliquer un tel succès auprès des consommateurs français? Explications.
Mode, chaussures, accessoires…
À l’origine, Whatnot a été lancée par deux passionnés de cartes à collectionner. “Ils voulaient créer un espace où les collectionneurs pourraient acheter, vendre et échanger en temps réel, raconte Pierre Tettart. La plateforme a démarré avec Funko Pops et les cartes Pokémon, deux catégories cultes parmi les collectionneurs.”
Aujourd’hui, ces catégories sont évidemment toujours présentes, mais aux côtés de nouvelles: cartes de sport, objet de collection sport, pièces de monnaie, pierres et cristaux, couteaux etc.
Et celles-ci cohabitent avec des catégories plus classiques comme la mode pour femmes et hommes, le “segment connaissant le plus fort développement sur le marché français”, les sneakers, les sacs, les bijoux, l’électronique, etc. Bref, absolument tout comme sur n’importe quelle plateforme. Sauf qu’au lieu de se contenter de quelques photos, les acheteurs assistent à une vente aux enchères des produits en live.
Le vendeur présente le produit sous tous ses angles et les acheteurs posent des questions et peuvent faire une offre en temps réel. Une activité qui peut vite devenir chronophage. En moyenne, un acheteur sur Whatnot passe entre 65 et 80 minutes par jour à regarder des live. Plus de 200 produits sont vendus chaque minute sur la plateforme.
“Il faut avoir 18 ans ou plus pour avoir un compte sur Whatnot, mais nous autorisons les adolescents de 13 à 17 ans à utiliser le compte de leurs parents sous leur supervision”, nous indique le directeur général France.
Le renouveau du e-commerce
Car les adolescents sont la cible idéale pour ce type de plateforme, explique Médina Koné, professeure de marketing digital spécialisée dans le e-commerce à l’IIM Digital School Paris, qui a d’ailleurs découvert Whatnot via son adolescent.
“Les jeunes sont habitués à regarder des vidéos de démonstrations d’influenceurs, ils ne voient et ne touchent quasiment plus de produits en vrai. Ils ont également une expérience de la communauté à travers les réseaux sociaux et les jeux vidéo. Et Whatnot, c’est comme un jeu avec les enchères et les comptes à rebours. C’est la raison pour laquelle ils sont à l’aise.”
Ils sont amateurs de live sur Twitch ou YouTube, au “succès toujours aussi important”, souligne Pierre Vigand, directeur des opérations de Stockly, qui gère l’achat et la vente de stocks pour des marques. Et ils sont accros au shopping en ligne.
“Après le covid, il y a eu une vraie augmentation des achats en ligne. Ce qui a fait la bascule, c’est TikTok Shop”, poursuit Médina Koné. TikTok Shop, arrivé en France l’année dernière, est le pionnier du live shopping. Il est le symbole d’un renouveau du commerce en ligne.
“Le e-commerce est un secteur gigantesque qui a près de 30 ans de maturité, et donc un besoin permanent de se renouveler. Whatnot a répondu à cela en misant au départ sur des produits de collection rares et sur l’aspect divertissant. Ils auraient eu plus de mal s’ils avaient commencé avec des micro-ondes”, ironise le directeur des opérations de Stockly.
Là où l’achat en ligne est habituellement très individuel, froid et désincarné, le live shopping veut y apporter un peu de proximité et une dimension “sociale”.
“Les live ont un côté évènementiel et très cadencé qui capte l’attention des internautes”, affirme Pierre Vigand. “Notre mission est de créer du lien entre les personnes à travers le commerce. Cela transforme l’achat en ligne en une expérience sociale et divertissante, plutôt qu’une simple transaction”, renchérit le directeur général France de Whatnot.
Risque d’addiction
Un aspect attrayant mais pas sans risque, selon Médina Koné.
“La plateforme peut délencher de potentielles addictions à l’achat, et ce sont notamment les enchères, qui créent de l’adrénaline, qui peuvent provoquer tout cela. D’autant que les jeunes n’ont plus la notion d’argent, à force de faire des achats en quelques clics, et encore moins de la valeur environnementale”, met-elle en garde.
Selon elle, il y a un vrai enjeu de régulation du côté des parents. Celle-ci recommande par exemple d’habituer les jeunes à respecter un budget, d’interdire les notifications ou encore d’imposer des moments sans ces plateformes.
Lorsqu’on interroge les utilisateurs, ils vantent la possibilité de voir les produits sous toutes les coutures pour s’assurer de leur fiabilité, et les économies qu’ils réalisent.
“Sur d’autres sites, il y a peu de photos, alors que là, le vendeur prend le temps de montrer en vidéo tous les points de vues. Et en tant qu’utilisateurs, on a des preuves avec le replay en cas de problèmes”, nous confie Chloé Penel, créatrice de contenus mode et utilisatrice de la plateforme. Cette dernière nous parle également de “prix défiant tout concurrence”, avec par exemple “des sacs de luxe à moitié prix par rapport à leur cote de seconde main”.
Celle-ci conseille ainsi de se tourner vers les live à la fin du mois, car “avec la baisse du pouvoir d’achat, les montants sont naturellement plus faibles”, mais aussi les vidéos en direct avec le moins de personnes possible ou encore de “réenchérir à la dernière seconde pour être sûr d’avoir le prix le plus intéressant”.
Néanmoins, elle nuance en rappelant “l’intérêt de faire des veilles régulières sur tous les sites, les plateformes d’enchères ou les brocantes, pour comparer et trouver la meilleure offre.”
Whatnot, mais aussi la tendance du live shopping, commencent ainsi à réellement s’ancrer dans les habitudes des consommateurs et pourraient s’étendre au-delà des plateformes spécialisées.
“Il est possible de créer une communauté de live shopping pour pratiquement tous les produits qui passionnent les gens”, affirme Pierre Tettart. “Ce qui est atypique aujourd’hui, deviendra la norme de demain. Et des marketplace classiques comme CDiscount par exemple s’y mettront également”, affirme, convaincu, Pierre Vigand.