Depuis Berlin, une nouvelle affaire secoue Google et ravive les débats autour de la concurrence en ligne.
En effet, un tribunal allemand vient d’obliger le géant américain à verser une somme colossale à deux acteurs allemands du comparateur de prix, dans une décision qui s’inscrit dans un long feuilleton européen, sans dévoiler encore son épilogue.
Le jugement vise des pratiques qualifiées d’ »auto-préférence » au profit de Google Shopping dans les résultats du moteur de recherche, et rappelle une accusation déjà au coeur des sanctions européennes infligées à l’entreprise depuis 2017, relancée en 2024.
Une amende massive qui ravive un dossier vieux de dix ans
Selon les informations de Reuters, le tribunal berlinois a exigé que Google paie un total d’environ 573 millions d’euros aux deux plaignants, Idealo et Producto. Les montants détaillés reflètent la vaste portée du dossier : 465 millions d’euros pour Idealo, filiale d’Axel Springer, et près de 108 millions pour Producto.
Ces plateformes estiment avoir subi des années de préjudice, accusant Google d’avoir favorisé son propre service de comparaison, Google Shopping, dans les recherches effectuées entre 2008 et 2023. Selon elles, cette mise en avant systématique aurait réduit leur visibilité et limité leur capacité à rivaliser.
Dans les colonnes de Bloomberg, Google conteste fermement la décision. L’entreprise affirme que les modifications apportées en 2017, sous la pression de Bruxelles, ont justement permis aux concurrents de bénéficier des mêmes conditions publicitaires que Google Shopping. Elle souligne notamment la hausse du nombre de sites partenaires de sa « Shopping Unit« , passé de 7 à 1 550.
Pour autant, le tribunal allemand considère que la domination du marché n’a pas été corrigée assez tôt et que les effets anticoncurrentiels se sont prolongés jusqu’au 29 février 2024. Une conclusion qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles demandes indemnitaires…
Entre appels croisés et pressions réglementaires…
Malheureusement, le verdict ne satisfait aucune des parties. Google se dit prêt à faire appel pour contester cette interprétation et réduire la facture, et Idealo, de son côté, annonce déjà vouloir pousser plus loin la procédure, estimant que la compensation accordée reste « une fraction du préjudice réel« .
Cette affaire vient s’ajouter à d’autres dossiers sensibles pour Google en Europe, entre la mise en cause avec Google Flights et Google Hotels par la Commission européenne, les tensions autour du DMA (Digital Markets Act), et amende récente de près de 3 milliards d’euros pour ses pratiques dans la publicité en ligne.
Si la condamnation allemande ne clôt rien, elle confirme que les décisions européennes de 2017 continuent de structurer l’environnement judiciaire du groupe. Les plaignants disposent désormais d’un cadre juridique plus favorable pour réclamer réparation, même si Google tente de démontrer que les correctifs appliqués suffisent à rééquilibrer le marché…