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TRIBUNE. La France fait face à une forte désertification commerciale : 62 % des communes n’ont plus aucun commerce alimentaire, contre 25 % en 1980. La disparition rapide des boulangeries, épiceries ou cafés fragilise les communes rurales, privées à la fois d’un service essentiel et d’un lieu de sociabilité. La concurrence des grandes surfaces, l’essor du e-commerce et la dépendance accrue à la voiture dans ces territoires aggravent encore ce recul. Par Abel Mensah (Ascencia Business School – enseignant en entrepreneuriat) et Vincent Dutot (EM Normandie – professeur en marketing digital & directeur du Cercap).
Face à ce constat, la survie du commerce de proximité passe désormais par une mutation numérique encore trop lente. Les solutions innovantes existent — distributeurs automatiques, supérettes autonomes, points de retrait — mais leur adoption reste marginale, freinée par des contraintes organisationnelles, financières et culturelles.
Le Cercap a mené une étude auprès de 600 commerçants de proximité qui montre une prise de conscience générale mais une transformation numérique superficielle : présence sur les réseaux sociaux et utilisation de terminaux de paiement, mais très peu d’automatisation ou de digitalisation des processus internes comme la gestion des commandes, le suivi des stocks et la facturation.
Freins identifiés
Notre analyse a mis en évidence plusieurs freins à la digitalisation des commerces de proximité. Il s’agit notamment d’un manque de temps et surcharge opérationnelle, d’une faible culture numérique et l’absence d’accompagnement individualisé limitant fortement la capacité des artisans et commerçants à adopter des solutions digitales plus avancées. De plus les outils digitaux sont souvent inadaptés aux besoins spécifiques des petites structures comme le gain de temps, l’optimisation des processus ou la visibilité des produits. Enfin les aides publiques éparpillées entre l’État, les régions ou Bpifrance sont rarement alignées sur les problématiques quotidiennes des commerçants.
Des recommandations
Il semble donc judicieux pour les commerces de proximité mais aussi les institutions de miser sur un numérique pragmatique, centré sur l’efficacité opérationnelle plutôt que sur les outils à la mode. Il convient ensuite d’aligner les solutions numériques avec les usages réels et les besoins spécifiques des commerces de proximité : simplifier, automatiser, réduire les coûts logistiques. Il semble également essentiel de créer un écosystème professionnel cohérent, réunissant État, collectivités, chambres consulaires et éditeurs de solutions et de déployer un accompagnement stratégique, afin d’éviter la logique de réaction ponctuelle et urgente, et de favoriser une vision long terme. Enfin, la promotion d’investissements collectifs, seul moyen pour les TPE d’accéder à des innovations coûteuses, semble un angle d’attaque pertinent.
