Datas : une pub pour un week-end à Rome juste après en avoir parlé à votre conjoint… Vous l’avez aussi, cette impression d’être espionné ?


Mettre un smartphone sur écoute, un jeu d’enfant

Apple enregistre-t-elle vos conversations à votre insu ?

Un procès mené en Californie pourrait renforcer ce soupçon. En 2019, un ancien employé d’un sous-traitant d’Apple accusait la firme d’enregistrer à leur insu des utilisateurs de son assistant vocal, Siri.

L’entreprise à la pomme, également poursuivie en France, a choisi début 2025 de payer 95 millions de dollars pour éteindre la procédure juridique américaine.

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Le micro de votre téléphone est-il utilisé par les grandes plateformes du Net ?

Faut-il y voir un aveu de culpabilité et la preuve d’un espionnage marketing généralisé ? Non, d’après Michele Rignanese, porte-parole du Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB).

Selon lui, l’affaire Le Bonniec Vs. Apple (du nom du lanceur d’alerte français) “a démontré que même si des “fragments d’écoute” avaient bel et bien été utilisés, c’était dans un contexte très particulier et certainement pas 24h/24. Aucune étude sérieuse n’a démontré à ce jour que les grandes plateformes avaient systématiquement recours à l’écoute des conversations des utilisateurs par le biais du micro de leur smartphone”.

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Ce sentiment d’être espionné en permanence est-il fondé ?

Le sentiment d’être espionné peut ainsi s’expliquer par un biais cognitif venant du fait qu’on ne se souvienne pas de toutes nos recherches en ligne. Ou qu’on ne prend pas toujours conscience de la multitude de traces numériques que nous semons dans notre vie de tous les jours…

Ainsi, les géants de la Tech n’ont pas besoin de s’immiscer dans chacune de nos conversations pour savoir quels sont nos intérêts, nos rêves, nos envies. “Ils disposent déjà d’un nombre incalculable de (méta) données grâce auxquelles ils parviennent – en les croisant – à établir des “profils clients” (leurs habitudes, déplacements, loisirs) ”, note le porte-parole du CCB.

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Que disent de vous vos métadonnées ?

Remplir un questionnaire en ligne ou donner son nom, son âge ou son poids à l’application de running que nous venons de télécharger… À côté de toutes les informations que nous choisissons de disséminer aux quatre coins de la toile, il y a celles que nous sommes moins conscients de livrer.

En consultant une page Web, on donne d’un seul coup notre adresse IP, nos informations de géolocalisation, la langue de notre navigateur, la durée de la visite, les mouvements de la souris, illustre Cyril Polac, chargé du marché français et Benelux pour l’entreprise NordVPN. Toute une série de métadonnées qui paraissent anodines mais qui, une fois récoltées, peuvent être très intéressantes à analyser”.

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Quel est le poids financier du marketing digital ?

Il y a quelques semaines, le journal L’Écho (en partenariat avec d’autres médias) montrait comment, en récoltant auprès de datas brookers (ou courtiers en données) des informations de localisation pourtant anonymisées, on pouvait retracer le profil de Belges. Ou même, identifier de hauts fonctionnaires européens.

Même si elle ne débouche que sur des profils anonymisés d’internautes, l’agrégation de métadonnées réalisée par les datas brookers constitue une mine d’or pour les annonceurs publicitaires. Ce ciblage participe ainsi à gonfler un marché de la pub digitale qui représentait au total “600 milliards de dollars” en 2023, chiffre Cyril Polac.

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Quel est le vrai coût des cookies ?

Pour constituer ces profils, les fameux cookies restent une source d’information capitale. Sur laptops, tablettes, ou smartphones, ces mini-fichiers recueillent et stockent automatiquement des informations sur l’utilisateur et sur son activité en ligne.

Comme un serveur de restaurant enregistrerait les préférences de clients réguliers, ils rendent la navigation plus agréable sur les sites consultés, en reconnaissant l’internaute d’une visite à l’autre. Mais certains cookies, dits “tiers” sont plus indiscrets : ils peuvent transmettre vos données de navigation à des sites que vous n’avez jamais visités.

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Les règles du Web sont-elles toujours appliquées ?

C’est notamment par ce biais que s’opèrent le traçage et le ciblage publicitaire. Pour rappel, la législation européenne oblige depuis 2018 les sites à demander le consentement de l’utilisateur pour stocker les cookies. “Un consentement qui doit être univoque, libre, informé et révocable”, explique Alexandra Jaspar, directrice de l’Autorité de la protection des données (APD).

Ces critères, fixés par le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), ne sont pas toujours appliqués de la même manière par les entreprises. Ce qui, en Belgique comme ailleurs, peut déboucher sur des litiges.

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Pourquoi notre confort d’internaute prend souvent le pas sur la prudence ?

Lorsqu’elle est librement consentie, la transmission de données numériques à des fins publicitaires reste donc légale. Elle n’en soulève pas moins toute une série de questions politiques, économiques et démocratiques.

En exploitant des technologies toujours plus avancées, les publicitaires captent nos intérêts et influencent nos choix. Relever chacune de nos traces digitales leur permet d’affûter leurs techniques marketing et de nous pousser à toujours plus de consommation.

Le périmètre de notre vie privée s’en trouve également modifié. Il est parfois tentant de sacrifier un brin de celle-ci pour plus de facilité. “Parce qu’ils veulent juste acheter leur paire de chaussure ou lire rapidement leur journal en ligne, beaucoup de personnes ne prennent pas le temps de se questionner sur ce qu’ils acceptent lorsqu’ils donnent leur consentement à l’usage de cookies, pointe Alexandre Jaspar.

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Et si vous n’avez rien à cacher ?

D’autres se disent : je n’ai rien à cacher, cela ne me dérange pas de transmettre mes données. À ces personnes j’essaye d’expliquer : c’est un peu comme si vous étiez prêts à donner à n’importe qui les clés de votre maison, ou à sortir nu dans la rue.

Céder toutes ses données, c’est les jeter dans la nature et accepter de ne pas avoir le moindre contrôle sur qui va se les procurer, les échanger, les réutiliser et pourquoi. “Cela pourrait être le fisc, des entreprises Big Tech américaines, chinoises, votre futur employeur… Est-ce que vous seriez d’accord de donner le code de votre smartphone ou de faire lire votre journal intime à un parfait inconnu ?”.

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Si c’est presque gratuit, c’est quand même vous le produit ?

Pour ceux qui préfèrent ne pas laisser leurs données errer dans tout l’écosystème du web, il peut être utile d’adopter certaines règles d’hygiène numérique, au moins pour ne pas se dénuder complètement. “Qu’on utilise une application ou qu’on surfe sur un site, le bon sens reste de mise, cadre la directrice de l’APD. Cela passe par faire l’effort de se demander si je comprends à quoi je consens, à qui mes données peuvent être transmises, etc.

Quand de grandes plateformes nous vendent une robe à 3 euros, on peut s’interroger… “Au-delà de ce prix dérisoire, est-ce qu’elles ne font pas davantage de profit avec nos données, en les monétisant ? ”.

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Comment mieux se protéger ?

En plus de refuser les cookies non essentiels, on peut protéger ses recherches les plus sensibles en passant par la navigation privée. “Par exemple, pour trouver en ligne des billets d’avion. Lorsque la recherche sera terminée, le cache sera effacé automatiquement, il n’y aura pas de traçage d’une session à l’autre”, rappelle Cyril Polac de NordVPN.

Forcément, il ne ne déconseillera pas non plus l’utilisation d’un VPN : cet outil de chiffrement permet notamment de masquer votre adresse, votre géolocalisation, etc.

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Devez-vous vous méfier de votre micro et de votre caméra ?

Le spécialiste incite aussi à installer des extensions anti-tracking, comme “uBlock Origin, ou Privacy Badger”, ainsi que s’orienter vers des navigateurs davantage sensibles à la vie privée, comme “Firefox ou Brave”, et des moteurs de recherche comme “DuckDuckGo”. Enfin, de toujours contrôler les autorisations accordées aux applications téléchargées.

Le mieux, c’est de refuser l’accès à la caméra, au micro, à la galerie ou aux contacts de notre téléphone, lorsque ce n’est pas nécessaire. Ce sont des habitudes à prendre au moindre téléchargement d’applications. L’hygiène numérique, cela se pratique à chaque instant”.

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