Par Antoine Kémonsei

Alors que le tourisme mondial a retrouvé des niveaux records, la Côte d’Ivoire peine encore à s’imposer sur la scène touristique internationale, malgré un potentiel naturel, culturel et économique largement reconnu. Le problème n’est pas l’attractivité du pays, mais l’absence d’une véritable stratégie de marketing touristique internationale, structurée et orientée vers la vente.
Passer d’une communication institutionnelle à une logique commerciale
La promotion touristique ivoirienne reste encore trop centrée sur des actions institutionnelles : participation à des salons, organisation d’événements locaux, diffusion de supports promotionnels génériques. Or, dans un marché touristique ultra-concurrentiel, les destinations qui gagnent sont celles qui adoptent une logique commerciale, fondée sur des produits concrets et une présence active dans les circuits de distribution internationaux.
Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire ne vend pas encore suffisamment d’expériences touristiques clairement identifiées : séjours balnéaires à Assinie, circuits culturels à Grand-Bassam, écotourisme dans le parc de la Comoé ou tourisme d’affaires à Abidjan. Sans produits packagés, la destination reste difficilement commercialisable par les tours opérateurs étrangers.
Construire une marque touristique forte et lisible
La Côte d’Ivoire souffre également d’un déficit de positionnement. Elle est connue pour son dynamisme économique, son football et sa capitale Abidjan, mais pas encore comme une destination touristique de référence. Une stratégie efficace suppose la construction d’une véritable marque pays touristique, avec une identité visuelle forte, un message clair et un storytelling cohérent autour de ses valeurs : hospitalité, diversité culturelle, modernité africaine. Cette marque doit être portée de manière coordonnée par l’État, les collectivités locales et le secteur privé, afin d’éviter la dispersion actuelle des initiatives.
Cibler des marchés prioritaires et adaptés
Une autre faiblesse majeure réside dans le manque de ciblage géographique. Il est illusoire de vouloir séduire l’ensemble du marché mondial avec des moyens limités. Les efforts doivent se concentrer sur des marchés stratégiques à fort potentiel : la France, la Belgique, la Suisse, le Canada francophone, mais aussi les États-Unis, le Nigeria et le Ghana.
Chaque marché requiert un discours spécifique : tourisme culturel et balnéaire pour l’Europe, tourisme expérientiel et identitaire pour l’Amérique du Nord, tourisme de loisirs et de shopping pour les pays voisins de la sous-région.
Le digital, principal champ de bataille touristique
À l’ère du numérique, la visibilité d’une destination se joue d’abord en ligne. La Côte d’Ivoire doit investir massivement dans le marketing digital international : campagnes ciblées sur Google, contenus immersifs sur YouTube, présence professionnelle sur Instagram et TikTok, collaboration avec des influenceurs voyage internationaux. L’objectif n’est plus seulement d’être visible, mais d’être désirable et réservable en quelques clics.
L’enjeu décisif de l’accessibilité
Aucune stratégie de promotion ne peut réussir sans une politique cohérente d’accessibilité : prix des billets d’avion compétitifs, fréquence des vols, facilitation des visas, qualité de l’accueil dans les aéroports. Le marketing touristique doit être pensé en synergie avec les compagnies aériennes, les plateformes de réservation et les acteurs de l’hébergement.
Mesurer pour piloter
Enfin, une stratégie moderne repose sur des indicateurs précis : origine des visiteurs, taux de conversion des campagnes, retombées économiques, taux de satisfaction. Sans données fiables, la promotion reste intuitive et inefficace.
Conclusion
La Côte d’Ivoire ne manque pas d’atouts touristiques, mais souffre d’un déficit de structuration, de professionnalisation et de coordination. Le véritable enjeu n’est plus de promouvoir le pays, mais de le transformer en une destination commercialement performante, capable de générer des flux touristiques durables et des revenus significatifs pour l’économie nationale.
Le passage d’une logique de vitrine à une logique de marché constitue aujourd’hui le principal défi du tourisme ivoirien.
Antoine Kemonsei
Expert en développement touristique
akemonsei1@yahoo.fr