Karine Rielland (media FIGARO) : La réputation comme axe stratégique


Nous avons rencontré Karine Rielland, Directrice générale déléguée digital de media FIGARO. Alors que le Figaro vient de fêter ses 200 ans, elle évoque pour nous la nouvelle plateforme de marque de la régie autour de la réputation. Et nous présente sa vision autour de quatre axes stratégiques : la créativité, le social, la vidéo et l’IA.

Karine est membre du Grand Jury de la Nuit des Rois 2026

Quel est votre positionnement aujourd’hui ?

Nous venons de lancer notre nouvelle plateforme de marque, accompagnée d’une signature forte : « Rien n’a plus de valeur qu’une réputation ». Ce lancement, réalisé avec l’agence Altman Partners, s’inscrit dans un contexte médiatique complexe, marqué par la désinformation, une perte de confiance généralisée, l’accélération technologique et une saturation publicitaire – on estime qu’un individu est exposé à près de 1 200 messages par jour. La question centrale est donc de savoir comment émerger dans ce volume.

Notre conviction est que l’actif le plus précieux pour une entreprise est sa réputation. C’est elle qui fait exister une marque et qui assure non seulement son image , mais aussi sa performance. Chez media FIGARO, bien que nous soyons reconnus pour notre expertise en branding, nous accompagnons les marques sur l’intégralité du parcours client.

Quelques chiffres clés ? 

Notre pertinence repose sur la puissance de nos marques médias. D’un côté, des marques influentes et reconnues comme Le Figaro, Madame Figaro et Gala. De l’autre, des marques servicielles réputées telles que Le Journal du Net, L’Internaute ou Journal des Femmes. Notre force réside dans notre capacité à produire du contenu de qualité, avec plus de 500 journalistes qui génèrent plus de 800 contenus par jour dans une centaine de contextes différents.

En termes d’audience, nous touchons 32 millions de visiteurs uniques par mois et 7 millions par jour. Nous accompagnons nos clients sur toutes les plateformes : le digital, mais aussi le social où nous fédérons plus de 48 millions de followers. La vidéo est également un pilier central de notre stratégie, irriguant à la fois nos plateformes sociales et digitales. Le lancement de la chaîne télé du Figaro témoigne de nos investissements massifs dans ce format.

Cette puissance nous permet de mettre notre propre réputation au service de nos clients, en leur donnant accès à des cibles à haut pouvoir d’achat. Dans le contexte de crise actuel, toucher des consommateurs qui ont la capacité de dépenser est un atout majeur. Nous touchons ainsi 59 % du top des plus hauts revenus et 80 % des décideurs.

Pourriez-vous nous donner un exemple concret qui illustre cette stratégie de réputation ?

L’événementiel est une incarnation très concrète de notre capacité à mobiliser. Nous organisons notamment pour  le Bing Bang de l’Economie et  le Big Bang de la santé, pour Madame Figaro, nous organisons Business With Attitude, Feel Good…

L’exemple le plus récent et le plus marquant est sans doute la célébration des 200 ans du Figaro en janvier dernier. Cet événement a démontré la puissance et la reconnaissance de la marque auprès des mondes politique, culturel et artistique.

Organisé au Grand Palais pendant quatre jours, il a attiré plus de 65 000 personnes autour de projections immersives, de plus de 20 heures de conférences et de débats, ainsi que de spectacles d’artistes comme Fabrice Luchini et Patrick Bruel. Le succès fut tel que nous avons dû, à certains moments, limiter l’accès. Cet événement illustre parfaitement ce qu’est une marque statutaire : elle attire des personnalités qui ont elles-mêmes une réputation et qui cherchent à s’associer à des marques qui leur ressemblent. C’est une grande fierté d’avoir pu toucher un public aussi large, y compris des jeunes, des collégiens et des étudiants, et d’attirer ainsi de nouveaux lecteurs.

Quels sont les grands axes de votre stratégie pour 2026 ?

Notre stratégie pour 2026 repose sur quatre piliers. 

Le premier est la créativité. Notre agence de brand content intégrée, 14H, a accompagné plus de 400 clients en 2025 sur des dispositifs mêlant éditorial, social et plateformes digitales. Nous sommes très présents sur des secteurs comme le luxe, l’automobile ou la finance. Ces dispositifs trouvent souvent une extension dans l’événementiel, comme lors du Festival de Cannes avec Gala Croisette, où nous créons des expériences de marque uniques.

Le deuxième pilier est le social, qui représente aujourd’hui 20 % de notre chiffre d’affaires et reste un levier de croissance important. Nos marques fortes, associées à des créations originales comme la marque MAD (lancée il y a 6 ans), permettent d’offrir aux annonceurs un surcroît d’engagement de 10 à 30 %. Il s’agit de respecter l’ADN de nos marques tout en maîtrisant les codes narratifs de chaque plateforme, de LinkedIn à TikTok. Nous proposons deux approches : le social ad, où l’annonceur bénéficie de la caution de nos marques, et le social content, où nous créons des programmes sur mesure avec des personnalités.

Le troisième pilier est la vidéo. Nous générons plus d’un milliard de streams par mois, dont 500 millions sur nos plateformes digitales. La télé du Figaro atteint près de 2,6 millions de téléspectateurs mensuels et 230 000 téléspectateurs par jour. Face à la bipolarisation du marché (plateformes vs. BVOD), nous défendons la légitimité de la vidéo « publisher », qui offre une expérience publicitaire de qualité (un seul spot en pré-roll) et une consommation complémentaire à celle de la télévision.

Enfin, le quatrième pilier est l’intelligence artificielle. C’est un sujet majeur pour nous. Nous avons déjà lancé API, Ad Planning Intelligence, un outil qui exploite la richesse de nos données pour fournir des analyses post-campagne et des recommandations pour les futurs plans médias. Aujourd’hui, 100 % de nos bilans de campagne sont établis via API. Nous travaillons à y intégrer une dimension créative pour sensibiliser à l’importance de la création dans l’efficacité publicitaire, qui est un levier de réputation encore plus fort que l’attention.

Avec notre offre GEO medIA, qui s’appuie sur la technologie de notre entité CCM, nous réalisons des audits pour identifier les champs sémantiques sur lesquels une marque doit se positionner pour émerger dans les réponses des LLM. Nous proposons ensuite deux types d’actions : soit l’infiltration éditoriale en optimisant des articles déjà existants et bien positionnés au sein de nos marques, soit la production de contenus sur mesure pour permettre à la marque de gagner des places dans les résultats, notamment face à ses concurrents.

Nous suivons par ailleurs le sujet de l’AdCP de très près. Le protocole ADCP doit être intégré dans Prebid d’ici quelques semaines. Pour l’instant, nous sommes dans une phase d’information et d’écoute. 

Open web : quelle est la stratégie de media FIGARO ?

Pour nous, l’open web n’a jamais été une fin en soi ni le cœur de notre stratégie. Nous nous donnons cependant les moyens de l’optimiser et de bien y travailler. Cela passe par une maîtrise de toute la chaîne programmatique et une limitation des accès via le SPO (Supply-Path Optimization) pour garantir un environnement de qualité. Nous avons toujours été très vigilants sur ce point, ainsi que sur l’excellence de nos indicateurs de performance, qui sont un prérequis pour être éligible dans l’open web.

Ce qui me gêne dans la notion d’open web, c’est qu’on y mélange tout. Avec nos confrères éditeurs, nous estimons offrir un open web premium  qui constitue un univers distinct du reste. Notre stratégie principale reste de défendre les deals de gré à gré, car ils permettent de maîtriser l’environnement, d’offrir des garanties de visibilité, d’intégrer de la création et, surtout, d’apporter des preuves d’efficacité via des études et des post-tests.

Cela dit, l’open web reste un flux de business. Son poids varie fortement selon nos marques. Mais notre cœur de métier est de travailler sur ce qui apporte le plus de valeur. Même si nous sommes conscients de la réalité du marché, avec une baisse des investissements sur le display et la vidéo, ce qui entraîne à son tour une érosion de la valeur.



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