SEB, du bad buzz au temps du rebond


Le Groupe SEB a dévoilé ce 25 février son plan « Rebond » en même temps que des résultats 2025 marqués par un net recul de rentabilité, avec un résultat opérationnel en baisse de 25 %. Pour retrouver sa trajectoire, le groupe lance un programme d’économies de 200 millions d’euros d’ici fin 2027, pouvant entraîner des suppressions de postes et notamment en France sur la base du volontariat. Mais surtout, une transformation énergique, pour remettre le groupe sur la voie de la croissance.

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Avec son plan Rebond, le Groupe SEB fait le choix de l’offensive. Plutôt que de subir un environnement complexe, le groupe qui est derrière les marques Moulinex, Tefal ou Rowenta, prend les devants et trace une trajectoire claire pour retrouver ses standards de croissance rentable. Un acte de volonté industrielle qui porte déjà ses premiers fruits : le marché a immédiatement salué cette ambition, propulsant le titre de plus de 10 % à l’ouverture.
Le contexte, il est vrai, a été exigeant en 2025. Malgré un chiffre d’affaires solide de 8,17 milliards d’euros et une croissance organique positive, le groupe a dû absorber des vents contraires : droits de douane américains, volatilité de l’euro, base de comparaison élevée dans le café professionnel. Mais ces effets conjoncturels se sont progressivement estompés au quatrième trimestre, ouvrant la voie au rebond.

Le plan de transformation : l’inverse d’un repli

Et c’est précisément ce que porte le plan dévoilé ce 25 février. Loin d’être un repli, il dessine un projet de transformation ambitieux articulé autour de l’accélération de l’innovation produit, de l’intensification du marketing digital et de l’exploitation des possibilités offertes par l’intelligence artificielle. Le tout adossé à un programme d’économies ciblées de 200 millions d’euros via trois leviers : achats indirects, efficacité industrielle et optimisation des structures. L’ambition, à moyen terme, est réaffirmée avec force : 5 % de croissance organique annuelle et une marge opérationnelle améliorée. Quant aux 500 postes qui pourraient être supprimés en France, ils le seraient uniquement sur la base du volontariat. Le cœur industriel est préservé, la capacité d’innovation renforcée.

Les attaques réputationnelles en France ne sont pas neutres  

Cette séquence ne peut être lue sans évoquer ce que le groupe a subi au cours de ces dernières années sur le front réputationnel. En avril 2024, une proposition de loi écologiste menace d’interdire le « PTFE » dans les ustensiles de cuisine, condamnant de fait l’activité de Tefal et, potentiellement, 3 000 emplois. Le directeur général se retrouve à manifester ses salariés et syndicats devant l’Assemblée nationale.
Le texte, promulgué en février 2025, exclut finalement les ustensiles de cuisine. Répit de courte durée : en juillet 2025, trois ONG déposent plainte contre SEB pour « pratiques commerciales trompeuses », reprochant au groupe d’avoir qualifié ses revêtements de « sûrs ». Une offensive qui, quelle que soit son issue judiciaire, fragilise durablement l’image d’une marque présente dans des millions de foyers.
« On doit exiger des standards environnementaux élevés. Mais ce débat ne peut se mener à coups de plaintes instrumentalisées et de campagnes anxiogènes, sans considération pour les faits », explique un expert industriel. Tefal a supprimé le PFOA de ses usines dès 2012, huit ans avant l’interdiction réglementaire. Le groupe a lancé une collecte nationale de poêles usagées avec La Poste et affiche un double A- du CDP au niveau « Leadership » sur le Climat et l’Eau. « Ignorer la science autant que les engagements de l’entreprise pour ne retenir que la mise en cause publique, c’est abîmer non seulement une entreprise mais tout un tissu industriel », reprend d’expert. D’autant que l’effet est asymétrique : les concurrents asiatiques produisant sans contrainte environnementale comparable ne subissent, eux, aucune pression de ce type.

La réputation est un facteur économique à part entière

Une chose est sure : la réputation est devenue un facteur économique à part entière. « La valeur immatérielle de la marque », pour reprendre l’expression de Laurent Habib, patron de l’agence Babel, est essentielle. Chaque campagne menée par des activistes ou des détracteurs érode la confiance des consommateurs, contracte les marges et réduit la capacité d’investissement. A ce titre, fragiliser une entreprise, c’est fragiliser sa capacité à maintenir une base industrielle en France.

La résilience d’un groupe centenaire

Dans ce contexte, le plan Rebond apparaît comme un acte de pilotage, pas un aveu de faiblesse. Le marché ne s’y est pas trompé. Les grands groupes industriels traversent des cycles. Ceux qui durent sont ceux qui ajustent avant que les contraintes ne l’imposent.
Mais ce qui se joue dépasse le cas SEB. Il faut le dire clairement : sans industrie, c’est notre modèle qui s’effondre. Pas de souveraineté économique, pas de classe moyenne solide dans les territoires. Et pas de transition écologique possible non plus, car décarboner suppose de produire, et produire suppose des usines, des ingénieurs et des entreprises capables d’investir. Chaque site qui ferme en France ne réduit pas l’empreinte carbone mondiale. Il la déplace vers des pays où les normes sont moins exigeantes et le contrôle démocratique inexistant.

Le plan Rebond de SEB n’est pas seulement l’affaire d’un groupe. C’est un miroir tendu à la France sur ce qu’elle est prête à faire pour rester un pays qui produit. L’industrie ne se décrète pas. Elle se protège, se transforme et se défend.



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