Longtemps indétrônable, Walmart cède sa place. Pour la première fois, Amazon devient la plus grande entreprise mondiale en chiffre d’affaires, avec 717 milliards de dollars de ventes annuelles, devant son rival historique.
Derrière le chiffre, un basculement profond
Ce dépassement ne relève pas d’un simple jeu comptable. En dix ans, la trajectoire d’Amazon a progressivement distancé celle d’Walmart, révélant une transformation structurelle des modes de consommation.
La montée en puissance du commerce en ligne a évidemment joué. Mais réduire cette performance au seul e commerce serait une erreur d’analyse. Amazon a surtout réussi là où beaucoup se sont contentés d’optimiser leur cœur de métier : diversifier massivement ses sources de revenus.
Son activité cloud, via Amazon Web Services, génère à elle seule près de 129 milliards de dollars par an. Un pilier devenu central dans la stratégie du groupe, et un relais de croissance qui change radicalement la nature du modèle économique.
Un modèle hybride difficile à répliquer
Le moteur principal reste la vente de produits, avec environ 464 milliards de dollars issus du retail. À cela s’ajoutent les commissions prélevées sur les vendeurs tiers hébergés sur la marketplace.
Cette double mécanique crée un effet d’amortisseur. Lorsque la consommation ralentit, les revenus issus des services ou du cloud maintiennent l’équilibre. Et inversement. Amazon n’est plus uniquement un distributeur, mais une plateforme technologique globale.
Son infrastructure logistique intégrée, ses capacités d’optimisation algorithmique et l’usage intensif de l’intelligence artificielle lui permettent d’ajuster en permanence prix, stocks et délais. L’expansion physique, via des points de retrait et magasins connectés, complète l’écosystème sans le contraindre.
Face à cela, les acteurs historiques doivent composer avec des réseaux lourds, pensés pour une autre époque.
Cloud et IA : le véritable avantage compétitif
Le cloud n’est pas un simple complément. Il constitue aujourd’hui le levier stratégique majeur.
Amazon Web Services fournit des infrastructures à des milliers d’entreprises, des PME aux grands groupes internationaux. Stockage, puissance de calcul, intelligence artificielle, traitement de données : ces services offrent des marges plus robustes que celles du retail traditionnel.
Ce socle technologique finance ensuite les investissements logistiques, l’amélioration des délais de livraison et l’intégration d’outils digitaux toujours plus fluides. Le cercle est vertueux.
Walmart, puissance intacte mais inertie structurelle
Walmart conserve une force de frappe impressionnante avec plus de 10 000 points de vente dans le monde. Son maillage territorial et sa base de clientèle restent des atouts majeurs.
Mais cette envergure a un coût organisationnel. Gestion des stocks, optimisation de la supply chain, adaptation rapide aux nouvelles attentes urbaines : la transformation est complexe lorsqu’elle concerne un réseau physique aussi vaste.
Les efforts de modernisation sont réels. Selon les données communiquées, plus de 60 pour cent des commandes américaines seraient livrées en moins de trois heures. Une performance significative, qui montre que le géant historique n’est pas figé. Mais la mutation reste progressive.
Bourse : une hiérarchie différente
Être premier en chiffre d’affaires ne signifie pas dominer la capitalisation boursière.
Aujourd’hui, Nvidia occupe la première place mondiale en valorisation, portée par la demande en semi-conducteurs et en intelligence artificielle. Sa capitalisation dépasse les 4 500 milliards de dollars, bien au-dessus d’Amazon et de Walmart.
De son côté, Walmart a récemment transféré sa cotation vers le Nasdaq, signal stratégique destiné à affirmer son positionnement technologique et séduire un profil d’investisseurs plus orienté innovation.
Une recomposition plus large du secteur
Ce duel dépasse désormais la simple rivalité entre deux distributeurs. Il illustre la fusion progressive entre retail, technologie et services numériques.
Amazon symbolise cette convergence. Mais la bataille ne se joue déjà plus uniquement sur la courbe du chiffre d’affaires. Elle se joue sur la capacité à orchestrer l’ensemble des briques : données, cloud, logistique, expérience client, intelligence artificielle.
La prise de pouvoir d’Amazon marque moins une victoire définitive qu’un signal fort : le commerce mondial s’est définitivement technologisé. Et ceux qui ne maîtrisent pas cette couche numérique jouent désormais avec un temps de retard.