comment Nadine Zoro change la donne en Côte d’Ivoire


Wave Côte d’Ivoire et DigiFemmes ont lancé fin 2025 le projet « WaveUP ». Ce programme se donne comme objectif d’accompagner cinq cents femmes entrepreneures sélectionnées sur l’ensemble du territoire ivoirien en vue de structurer leurs activités commerciales. Les trois lauréates les plus prometteuses bénéficieront d’un accompagnement individuel de trois mois mais également d’un mentorat stratégique mensuel, ainsi que d’un financement pouvant atteindre deux millions de FCFA chacune, débloqué en fonction de jalons précis.

À la tête de DigiFemmes Côte d’Ivoire depuis bientôt quatre ans, Nadine Zoro a été très tôt attirée par les questions de leadership et de transformation sociale. Après des études en Afrique du Sud et aux États-Unis, elle a bâti un parcours à la croisée de l’entrepreneuriat, du numérique et du développement des écosystèmes. Nommée  » Africa Ecosystem Builder of the Year (2023) » et  » Impactful Woman Leader of the Year (2025) « , elle est également cofondatrice de l’un des principaux hubs d’innovation et de startups en Côte d’Ivoire (Impact hub Abidjan) depuis 2019, contribuant ainsi activement à la structuration de l’écosystème entrepreneurial national. Sous mon leadership, DigiFemmes Côte d’Ivoire a également été distinguée par des prix majeurs, notamment le prix de la Meilleure Initiative Féminine aux Awards de la Presse Numérique (2024) et le prix de la meilleure initiative de formation d’entrepreneuriat aux compétences numériques aux Ivoire Innovation Awards en 2024.  » Mon action s’est concentrée sur un objectif clair : faire du numérique un levier concret d’autonomisation économique pour les femmes et les jeunes en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest. Concrètement, DigiFemmes Côte d’Ivoire a permis de former plusieurs milliers de femmes et de jeunes aux compétences numériques, entrepreneuriales et professionnelles, d’accompagner des entrepreneures dans la structuration, la croissance et la digitalisation de leurs activités, ou de mobiliser plusieurs millions de dollars pour des programmes à fort impact social. Ma plus grande fierté est d’avoir contribué à transformer des trajectoires de vie. Au-delà des chiffres, DigiFemmes Côte d’Ivoire a permis à des femmes auparavant exclues du numérique de prendre confiance, de générer des revenus, de créer ou développer des entreprises et de devenir à leur tour des modèles dans leurs communautés « .

Nadine Zoro l’affirme, l’entrepreneuriat en Côte d’Ivoire est dynamique, jeune et résilient, porté par une forte culture du faire par soi-même.  » On observe aujourd’hui un entrepreneuriat à deux vitesses : d’un côté, un entrepreneuriat de nécessité, très présent dans l’informel, de l’autre, un entrepreneuriat de croissance et d’innovation, notamment dans le numérique, l’agro-transformation et les services. Le défi majeur reste le passage de la survie à la structuration, puis à la scalabilité. Sur le terrain, on distingue assez clairement les secteurs qui avancent et ceux qui rencontrent encore des difficultés. Parmi les secteurs les plus dynamiques, on retrouve l’agro-business et l’agro-transformation, qui fonctionnent bien parce qu’ils répondent à un besoin essentiel et local. Il y a aussi le numérique et les services digitaux, notamment la fintech, le e-commerce, la formation en ligne et les services aux PME. Leur croissance s’explique par leur capacité à résoudre des problèmes très concrets liés aux paiements, à la visibilité, à la gestion et à l’accès aux clients, souvent avec des solutions simples et adaptées au contexte local. À l’inverse, les secteurs moins performants ne manquent pas d’idées ou de talents, mais sont freinés par plusieurs réalités : des entreprises encore peu structurées, avec une gestion et une comptabilité insuffisamment formalisées, mais aussi un accès au financement difficile, une dépendance persistante aux importations dans certains secteurs, ou un usage encore limité des outils numériques de base pour la gestion des ventes, des clients et des finances. Globalement, ce qui freine ici les entrepreneurs aujourd’hui, ce n’est pas l’envie ou le talent, mais le manque d’accompagnement concret, de compétences pratiques et de financements patients pour leur permettre de se structurer et de se développer durablement.  »

Pour cette bâtisseuse d’écosystèmes et experte en inclusion numérique, la Francophonie peut constituer une véritable source d’espoir pour la jeunesse ivoirienne, à condition qu’elle dépasse le cadre institutionnel pour devenir résolument économique, entrepreneuriale et opérationnelle.  » La Francophonie représente avant tout un espace d’opportunités, notamment à travers l’accès à des marchés francophones interconnectés, la mobilité académique et entrepreneuriale, et la coopération entre écosystèmes, qu’il s’agisse de formation, d’innovation ou d’investissement. Pour la jeunesse ivoirienne, l’enjeu est aujourd’hui de passer d’une Francophonie centrée sur la langue à une Francophonie de projets, d’investissements et de co-création de valeur. Cela suppose des partenariats concrets avec des pays comme la France, le Canada, la Belgique ou le Maroc, en lien avec des organisations telles que l’Organisation internationale de la Francophonie, et surtout des mécanismes capables de transformer ces opportunités en résultats tangibles pour les jeunes.  »

«  Il y a urgence de passer de l’inclusion symbolique à une inclusion économique réelle. Aujourd’hui, on parle beaucoup d’inclusion, de jeunesse et de femmes, mais trop souvent sans aller jusqu’au bout  » regrette Nadine Zoro.   » Depuis sa création, DigiFemmes a permis à plus de 25 000 femmes et jeunes d’acquérir des compétences numériques directement applicables : gestion d’activité, marketing digital, outils de vente en ligne, organisation financière et visibilité sur les réseaux sociaux. Pour beaucoup, cela s’est traduit par une augmentation des revenus, une meilleure structuration de leur activité ou la création de nouvelles sources de revenus « . Pour celle dont l’inclusion n’est pas seulement son métier, mais avant tout sa mission, il est important de rappeler que l’autonomisation des femmes et des jeunes n’est pas un sujet social secondaire, mais un enjeu économique stratégique. «  Investir dans leurs compétences, leurs entreprises et leur leadership, c’est investir dans la croissance, la stabilité et la compétitivité de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. En résumé, l’inclusion doit produire de la valeur, des revenus et des perspectives durables, sinon elle reste incomplète « .



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