Alternatives logicielles européennes pour les entreprises


Les alternatives logicielles européennes n’ont jamais autant fait parler d’elles. Dans un contexte géopolitique où les certitudes s’effritent plus vite que les licences annuelles ne se renouvellent, les entreprises B2B redécouvrent une question qu’elles avaient trop longtemps reléguée au second plan : de qui dépend réellement leur écosystème logiciel ? Salesforce, Microsoft 365, Google Workspace, HubSpot… autant d’outils devenus aussi indispensables que potentiellement vulnérables. Cet article ne prétend pas livrer une liste clé en main des meilleures alternatives logicielles européennes, l’exercice serait aussi présomptueux que vain. Il s’agit plutôt d’une méthode, d’un cadre de réflexion rationnel et professionnel, loin de toute idéologie de façade, pour aider les décideurs à évaluer leur niveau de dépendance réel et à identifier des pistes crédibles. Sans naïveté ni précipitation.

Quelles alternatives logicielles européennes pour les entreprises ?

alternatives logicielles européennes
Les alternatives logicielles européennes font beaucoup parler d’elles. Pour sortir du débat idéologique nous proposons ici une méthodologie pratique avec quelques points de vigilance. Image antimuseum.com

En préparation d’un webinaire qui aura lieu le 12 mars sur LinkedIn, j’ai essayé de mettre au clair quelques idées. 

Il ne s’agit en aucune manière d’un résultat définitif, mais plutôt d’un début de réflexion sur un sujet qui préoccupe de plus en plus de professionnels plongés, comme nous tous, dans une période d’instabilité propre à remettre en cause les ordres établis, y compris dans le domaine des choix logiciels. 

J’ai effectué de nombreux choix logiciels au cours de ma carrière et ma constatation était que la méthode était des plus importantes pour effectuer des choix durables et de qualité. Ceci n’est pas chose aisée, car de nombreux critères sont à prendre en compte, dont certains sont difficiles à évaluer. Prenons par exemple le critère si important en temps de normal de pérennité de la solution, il va de soi qu’à un moment où il est possible de couper un accès à un professionnel, ceci puisse remettre en cause le choix pour une entreprise. 

En matière d’alternatives logicielles européeennes la question est moins de savoir comment briser ses chaînes, que de décider quelles nouvelles chaînes choisir

Toutefois, le choix d’un logiciel et encore plus d’une suite de logiciels pour une entreprise est un exercice complexe, et la situation exceptionnelle dans laquelle nous nous trouvons, et qui peut changer du tout au tout en un instant, oblige à développer quelques réflexions. 

Souveraineté, souverainisme ou tout simplement prudence ?

Premier point et non des moindres, mon angle ici sera de placer la réflexion sur le plan professionnel et rationnel et non sur celui de la politique qui ne m’intéresse pas. Il n’est donc pas question pour moi d’évaluer les solutions logicielles alternatives pour les entreprises à l’aune de telle ou telle position idéologique, je me place seulement dans la réflexion qui pourrait être la mienne dans un cas de gestion de crise. Le but est plus de donner un éclairage “antifragile”, pour reprendre le terme cher à François Cazals et surtout Nassim Nicholas Taleb. 

Le périmètre des alternatives logicielles européennes

Je me suis penché sur les solutions MarTech, SalesTech et bureautiques (au sens large, qui incluent le stockage et l’archivage cloud). Si le webinaire se focalise, dans son titre, sur Salesforce et HubSpot, il m’est d’avis que le problème à étudier est en effet beaucoup plus large. 

Il est à mon avis possible d’élargir encore cette méthodologie à des aspects plus “métier” de la réflexion, tant l’informatique est devenue omniprésente dans le B2B, depuis la caisse enregistreuse de la boulangerie ou du restaurant jusqu’aux outils d’aide à la conception ou à la production les plus sophistiqués.  

En réfléchissant un peu, je me suis dit qu’avant tout cela, il fallait aussi étudier le cas des systèmes d’exploitation. Que pourrait-on faire en effet d’une application qui ne pourrait s’exécuter sur les postes de ses utilisateurs ? Ou qui pourrait s’exécuter tout en prêtant le flanc à des vulnérabilités ? 

Ah ! L’Europe, ses 27 pays, 24 langues officielles et 27 transpositions différentes de la législation de l’UE. Un éditeur hongrois ou tchèque serait-il ainsi plus sûr qu’un éditeur américain indépendant ? Cela reste à étudier dans le cadre des alternatives logicielles européeennes …

L’urgence (dépendance et évaluation de la “menace”)

Il faut d’abord, à mon sens, se pencher sur le niveau de dépendance et celui de la “menace”, pour reprendre un terme de la cybersécurité. Y a-t-il “vendor lock-in” ou non ? Les données sont-elles portables ? Autant de questions fondamentales qu’il faut se poser en tête. Et également le niveau de dangerosité de la menace. Y a-t-il un risque imminent ou faut-il juste prendre ses précautions au cas où? 

Choisir une suite logicielle n’est pas anodin. Et se précipiter sur une solution, car elle émane d’un pays qu’on considère comme sûr n’est pas une solution. Prenons la Suisse en exemple, car il s’agit d’un pays d’Europe occidentale souvent présenté comme très à cheval sur l’inviolabilité des données. 

Pourtant, un changement de législation est en cours en Suisse qui a paru assez inquiétant pour que plusieurs sociétés, dont Proton, décident de chercher à changer la localisation de leur hébergements. Ceci renforce l’idée qu’il faut éviter à tout prix de se précipiter. Ainsi, un pays réputé sûr, comme l’Allemagne ou la France par exemple, pourrait très bien se révéler être un pays à risque suite à un changement de régime ou de constitution ou de la simple adoption d’une loi. 

Éviter le “sovereignty washing”

Comme je l’ai écrit plus haut, il convient de se libérer des idéologies et de rester rationnel. 

En conséquence, il faut à mon avis, éviter la tentation de se jeter dans les bras de n’importe quel éditeur, sous prétexte qu’il est allemand, par exemple, alors que son implantation étrangère ou son appartenance à un groupe hors des frontières, remet en cause fondamentalement son indépendance et la porosité de ses solutions. 

Les priorités (les données et les programmes)

Parmi les choses les plus importantes que j’ai apprises au début de ma carrière de maître d’ouvrage, il y a la séparation entre données et programmes. Car après tout, faut-il faire une fixette sur Salesforce ou sur sa base clients ? Je pense qu’ici comme ailleurs dans des projets informatiques, il convient avant tout de réfléchir à l’archivage, et la portabilité de ses données.

Le temps 

Le temps est une variable importante. Comme je l’ai indiqué plus haut, il y a un sentiment diffus d’urgence qui est ressenti aujourd’hui, mais celui-ci ne doit pas nous faire oublier le temps long de l’histoire, y compris dans l’histoire des technologies. Raison de plus pour prendre ses précautions dans le moyen à long terme, car changer les habitudes des utilisateurs est déjà assez consommateur de temps comme cela. 

Il faut donc prévoir l’avenir en suivant un schéma qui me semble clair : d’une part, archiver, stocker et se préparer à la portabilité de ses données, ensuite trouver des alternatives crédibles et fiables, y compris sur le long terme et accompagner ses utilisateurs pour éviter le traditionnel contournement par le BYOD. Car quand un utilisateur ne trouve pas ce qu’il recherche dans l’entreprise, il le trouvera bien ailleurs tout seul, sur Internet, sans en parler à personne. 

C’est ainsi que dans une grande société aéronautique européenne communautaire on a vu un PDG exiger, au beau milieu de l’installation d’une messagerie sécurisée défense, exiger que la sienne soit renvoyée sur … Yahoo! 

Le tableau de comparaison des alternatives logicielles européennes

J’ai ainsi préparé un tableau de comparaison en m’aidant de claude.ai. Il ne s’agit pas, répétons-le, de proposer un tableau tout fait. Il est plus question d’une matrice de départ que vous pourrez vous approprier afin de l’adapter et de la faire vivre, tout en croisant et vérifiant les données. Ainsi, je me suis aperçu que certaines solutions (mapp.com) étaient labellisées allemandes alors qu’il s’agit d’un rachat d’une société allemande par une société américaine (mapp digital) à une autre société américaine (fusion des activités marketing de Teradata et de BlueHornet Networks au travers d’un fonds d’investissement américain). 

Enfin, il manque de nombreux critères dans ce tableau, propres à chaque projet, à chaque contexte, et bien entendu celui du coût. 

Avertissement: le tableau ci-dessous est une matrice de départ, non un verdict définitif. Il classe les principaux logiciels B2B utilisés en bureautique, MarTech et SalesTech selon deux axes : le score de dépendance (lock-in technique, portabilité des données, coût de migration) et le score de dangerosité (exposition au CLOUD Act, sensibilité des données, conformité RGPD, risque géopolitique). Pour chaque catégorie, des alternatives européennes sont identifiées — sans naïveté : certains éditeurs présentés comme « européens » s’avèrent, à l’examen, appartenir à des groupes hors UE, ce qui remet en cause leur indépendance réelle.

L’angle retenu est délibérément rationnel et professionnel, étranger à toute posture idéologique. L’objectif n’est pas de dicter des choix, mais de fournir un cadre d’analyse (à croiser avec vos propres critères de contexte, de budget et d’usage) pour engager une réflexion éclairée sur la résilience de votre écosystème logiciel.

Le tableau des alternatives logicielles européennes à télécharger et à corriger/adapter




BDM Link