La police judiciaire remonte patiemment mais sûrement la piste de la tête de cochon accrochée le 27 février dernier aux grilles de la résidence personnelle de Christian Estrosi.
Après l’interpellation de deux Tunisiens âgés 36 et 38 ans, suspectés d’avoir fait partie du « commando », les enquêteurs des brigades criminelles et financières ont progressé d’un cran dans la chaîne des responsabilités ce mercredi.
Un ancien agent du contre-espionnage à la retraite, coordinateur présumé de cette opération de manipulation, a ainsi été placé en garde à vue hier matin. Tout comme un second individu. Dans un communiqué, le procureur Damien Martinelli a indiqué qu’il s’agissait d’un homme de 46 ans né en France… Plus exactement à Marseille, selon nos informations.
Un entrepreneur basé à Los Angeles
De source proche de l’enquête, ce nouveau suspect est un homme d’affaires basé à Los Angeles.
S. B. est spécialisé dans le marketing digital. Il aurait proposé à Christian Estrosi de mettre à disposition ses compétences professionnelles dans le cadre de la campagne électorale qui fait rage. Son compte X a d’ailleurs tout récemment repris de l’activité.
Depuis le 23 février, S. B. publie quasi quotidiennement des messages à caractère politique. Et ses préférences ne font aucun doute. L’entrepreneur relaie notamment les vidéos générées par intelligence artificielle qui depuis plusieurs jours raillent le candidat Ciotti.
« Il nous a été présenté au début de la campagne, confirme – sous couvert de l’anonymat – un proche du maire sortant. On nous a dit que c’était un entrepreneur qui pouvait être intéressant pour conseiller notre stratégie digitale. C’est Christian Estrosi lui-même qui nous l’a présenté », affirme ce contact de l’équipe de campagne.
« Des gens qui se pensant malins »
Est-ce ce S.B. qui a recruté l’équipe qui a accroché une tête de cochon à la porte de Christian Estrosi ? Ou a-t-il été débordé par des individus agissant, à l’évidence, avec une vraie forme de précipitation ? S.B. connaissait en tout cas l’informaticien tunisien et l’ex-agent de la DST, nous confirme-t-on de source interne au dossier.
Quelques jours avant l’affaire, une réunion avait réuni ces protagonistes. Ce rendez-vous a réuni le cyberactiviste Tunisien interpellé la semaine dernière, l’ex-agent de la DST, deux soeurs les ayant recommandés et une proche collaboratrice du maire. Selon nos informations, Christian Estrosi, lui-même, y aurait participé. Il aurait été question de booster les réseaux sociaux pour la campagne. Le but était-il de « faire le buzz » comme cela aurait été évoqué dans cette réunion ? Sur cette réunion, nous avons sollicité le maire et ses équipes (1).

Avait-elle pour but de monter une opération de barbouzerie ? Il y a un pas que ces drôles de prestataires de service pourraient avoir franchi. Reste à savoir qui, en mairie, si quelqu’un l’a été, a pu être informé de leurs intentions. C’est précisément ce que tentent de découvrir les enquêteurs qui interrogent depuis plus de 24 heures Jean L., l’ex-agent, et S. B., le petit génie du digital.
Si de lourds soupçons pèsent sur eux, une source proche du dossier se demande si on n’a pas « affaire à des gens qui, se pensant malins, ont fait un coup sans forcément y associer les principaux intéressés ». A savoir l’équipe municipale en place.
La suite des investigations le dira. Une chose est sûre : ce vendredi, les deux gardés à vue connaîtront leur sort judiciaire, au terme de 48 heures entre les mains des limiers de la PJ.
(1) Les équipes du maire indiquent que, « face aux mensonges et à la calomnie, Christian Estrosi et son avocat s’exprimeront ce jeudi après-midi ».