Deux nouvelles mises en examen viennent de tomber dans l’affaire dite de la « tête de cochon », à Nice. Ce « cochon gate », qui trouble les municipales 2026, compte désormais quatre mis en examen.
Dans un communiqué, le procureur de la République de Nice indique clairement « qu’à ce stade de la procédure et des investigations, aucun élément ne permet d’envisager la possible participation directe ou indirecte aux faits d’autres personnes que celles actuellement mises en examen et celles identifiées et recherchées ».
Selon le procureur, qui retrace les faits, « le 27 février 2026 à 23 h 30, alors qu’il regagnait son domicile situé à Nice, Christian Estrosi, maire de Nice, et son épouse découvraient accrochée au portail de leur résidence une tête de porc coupée en deux avec une affiche en papier clouée dessus supportant son portrait, une étoile de David et l’inscription “connard”. »
Une enquête de flagrance confiée au service local de police judiciaire (SLPJ) de Nice est alors ouverte « des chefs de menaces de mort ou d’atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l’encontre d’un élu public, outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique et provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion. » Christian Estrosi dépose plainte le lendemain.
L’exploitation des caméras
Sur place, les enquêteurs procèdent notamment « à la saisie de différents éléments en vue de la réalisation de prélèvements et d’analyses ADN ». Le visionnage des caméras de vidéoprotection permet d’identifier un individu. « Peu avant 22 heures, un individu vêtu de noir et porteur d’un sac cabas accroche la tête de porc et l’affiche. »
Les images montrent également que « d’autres objets avaient été jetés par un des mis en cause, parmi lesquels une étiquette permettant d’identifier l’origine de la tête de porc. » Les enregistrements permettent par ailleurs « d’identifier un véhicule susceptible d’être en lien avec les faits et la possible participation de quatre personnes. »

Les investigations permettent d’identifier deux individus : un homme né en 1988 en Tunisie ; un homme né en 1990 également en Tunisie. Le premier est localisé à Nice et placé sous surveillance. Le 4 mars à 12 h 30, alors qu’il fait l’objet d’une surveillance physique, « il était vu en train de prendre une photo du maire de Nice, à quelques mètres de ce dernier alors présent dans le centre-ville. Les enquêteurs procédaient à son interpellation. »
Le second suspect est localisé en Seine-et-Marne et interpellé le 5 mars à 6 heures, dans le cadre d’une co-saisine avec les services de police judiciaire locaux. Des perquisitions sont menées, permettant la saisie de « nombreux téléphones, matériels informatiques et matériels audiovisuels ».
Les auditions des suspects
Lors de ses auditions, le premier mis en cause « contestait toute participation aux faits, tout en reconnaissant avoir été en lien avec les trois autres individus dans le cadre d’activités de détective privé. ». Il explique avoir été en contact avec l’entourage du maire « dans l’optique de participer à la campagne sur “le cyber, le net et les réseaux”. »
Le second suspect reconnaît « la participation à certains actes préalables, notamment un déplacement en vue de l’achat de la tête de porc, tout en contestant son implication directe et volontaire dans les faits ». Deux autres individus sont activement recherchés.
Une conseillère presse entendue et mise hors de cause
Dans le cadre de l’enquête, « une femme née en 1981, exerçant en qualité de conseillère presse du maire de Nice, était entendue en qualité de témoin » en raison de contacts avec l’homme né en 1988.
Elle explique avoir fait sa connaissance début février, celui-ci apparaissant comme « susceptible de jouer un rôle dans la campagne électorale pour développer les actions de communication sur les réseaux sociaux ». À l’issue de son audition, « aucun élément ne permettait d’envisager une participation aux faits visés par l’enquête. »
Christian Estrosi est également entendu le 5 mars. Il explique qu’un individu « porteur d’une casquette et se présentant à lui comme un fan prénommé Maxime » l’avait abordé. Le maire indique ne pas le connaître et confirme sa plainte.
Une information judiciaire est alors ouverte avec la désignation de deux juges d’instruction pour « violences aggravées sur un élu public ; provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, de la race ou de la religion ; accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données ; association de malfaiteurs ».
L’homme né en 1988, le cyberactiviste M.A.S., a été mis en examen pour l’ensemble de ces chefs et placé en détention provisoire. L’homme né en 1990, H. Z., a également été mis en examen pour violences aggravées envers un élu public, provocation à la haine et association de malfaiteurs. Il conteste les faits mais est placé en détention provisoire après débat différé.
Les investigations se poursuivent sous commission rogatoire, indique le procureur, notamment pour « entendre les personnes identifiées comme ayant été en contact avec l’individu se présentant comme docteur en informatique qui pouvait apparaître comme ayant joué un rôle central dans les faits. »
Trois personnes sont convoquées : un homme né en 1947, J. L., ancien fonctionnaire de police à la DST et deux femmes nées en 1963 et 1967. Ces dernières sont remises en liberté après leurs auditions.
S.B., spécialiste du marketing digital, mis en examen et au cœur du dossier
Un homme né en 1980, S.B., spécialiste du marketing digital ayant vécu aux États-Unis, est également interpellé. Les investigations téléphoniques tendent à confirmer « son rôle d’interface entre l’équipe officielle de communication et l’informaticien originaire de Tunisie. »
Il conteste toute implication dans les faits, mais des échanges de messages « du 27 février fin d’après-midi entre l’informaticien tunisien et lui pouvaient apparaître comme très directement en lien avec les faits. »
Présenté au juge d’instruction, il a été mis en examen pour violences aggravées envers un élu public, provocation publique à la haine ou à la violence et association de malfaiteurs.
Conformément aux réquisitions du parquet, les magistrats instructeurs ont saisi le juge des libertés et de la détention en vue de son placement en détention provisoire.
Présenté au magistrat instructeur, l’individu né en 1947 contestait sa participation aux faits et reprenait les éléments développés lors de sa garde à vue. Il était mis en examen pour accès frauduleux dans un système de traitement automatisé de données et association de malfaiteurs.
Conformément aux réquisitions du parquet, il était placé sous contrôle judiciaire. Le maire de Nice et son épouse, qui ont manifesté le souhait de se constituer parties civiles, seront convoqués à bref délai par le SIPJ 06 pour être entendus en qualité de témoins.
Les investigations se poursuivent sous la direction des juges d’instruction.