Réalisé par l’Ifop pour La Nouvelle Agence, le premier Baromètre des marques tech préférées des Français dresse un constat sans ambiguïté.
Dans un climat marqué par les débats sur l’intelligence artificielle, la protection des données personnelles et la responsabilité des plateformes numériques, le rapport des Français envers les marques technologiques a profondément évolué.
La notoriété seule ne fait plus la préférence, place désormais à l’utilité, à la confiance et à la responsabilité…
La fin d’une époque pour le marketing tech
Pendant des années, les géants du numérique ont pu compter sur un capital d’image quasi automatique.
Innovation, modernité, disruption : les marqueurs traditionnels de l’attractivité tech semblaient imperméables aux crises. En 2026, ce postulat est sérieusement ébranlé.
C’est l’un des enseignements centraux du premier Baromètre des marques tech préférées des Français.
L’étude, menée en janvier 2026 auprès de 1 000 Français représentatifs, évalue cinquante grandes marques numériques selon quatre dimensions : notoriété assistée, confiance dans la protection des données, utilité perçue et capacité à créer du lien.
Son verdict est net : la visibilité ne constitue plus un avantage décisif. Ce qui prime désormais, c’est la démonstration d’une valeur concrète.
Doctolib au sommet, un signal fort pour les marques européennes
Le classement global fait la part belle à une surprise : Doctolib s’impose en première position, devant Amazon et Google.
Un résultat d’autant plus marquant que ces deux derniers dominent très largement en notoriété, chacun à 94 %. Doctolib, cinquième sur ce critère avec 91 %, prend la tête grâce à ses performances qualitatives.
La plateforme médicale obtient la meilleure note sur l’utilité perçue — 7,75/10 — devant Google (7,66) et Amazon (7,40).
Elle se distingue également nettement sur la confiance en matière de protection des données avec 7,45/10, soit près d’un point au-dessus de Microsoft (6,62).
Dans un contexte où la moyenne des cinquante marques évaluées tourne autour de 6/10 sur plusieurs dimensions qualitatives, ces écarts font toute la différence.
Pour Isabelle Trévilly, directrice du pôle Media & Digital à l’Ifop, ce résultat illustre un basculement structurel :
« Les marques leaders sont celles qui réussissent à installer une relation durable, fondée autant sur la performance que sur la confiance. »
Pour les équipes marketing et communication des marques tech, ce positionnement de Doctolib constitue un cas d’école.
Une entreprise européenne, construite sur des valeurs de proximité et de sécurité des données, parvient à rivaliser — et à surpasser — des acteurs disposant de budgets marketing sans commune mesure.
La donnée personnelle, nouveau pivot de la légitimité
Le baromètre met en lumière un phénomène que les équipes marketing avaient jusqu’ici tendance à sous-estimer : la gestion des données personnelles est devenue un critère central de préférence, et non plus un simple argument de conformité réglementaire.
Les scores de confiance de certaines plateformes très visibles révèlent des fragilités relationnelles préoccupantes.
TikTok plafonne à 5,1/10, Facebook à 5,41/10, Instagram à 5,42/10.
Autant de marques dont la puissance de diffusion ne parvient plus à compenser un déficit de crédibilité perçue sur la question des données.
À l’inverse, des acteurs jugés plus responsables convertissent leur notoriété en préférence durable.
Le message pour les marketeurs est clair : la transparence sur les données n’est plus un levier de différenciation — c’est un prérequis. Ne pas l’adresser frontalement, c’est fragiliser l’ensemble de son capital marque.
Une fracture générationnelle qui redéfinit les territoires de marque
Le baromètre confirme également ce que beaucoup pressentaient sans disposer de données solides pour l’étayer : le rapport à la tech est profondément clivé par l’âge, et ce clivage porte moins sur la connaissance des marques que sur les attentes qui leur sont projetées.
Chez les 18-24 ans, YouTube arrive en tête des marques préférées, devant Doctolib et Netflix. La tech est avant tout vécue comme un espace culturel et expérientiel.
Chez les 50 ans et plus, le podium est occupé par Doctolib, Google et Amazon, révélant une attente centrée sur la fiabilité et la structuration du quotidien.
Cette segmentation invite les marques à repenser leurs architectures de communication : un message unique construit sur la performance ou l’innovation ne peut plus parler de la même façon à ces deux populations. Les stratégies de contenu, les choix de canaux et les registres de preuve devront s’adapter en conséquence.
De la « tech aspirante » à la « tech responsable »
La conclusion de La Nouvelle Agence est sans détour : nous entrons dans l’ère de la tech responsable, après des années de tech aspirante.
Les marques numériques ne sont plus perçues comme des symboles d’un futur prometteur. Elles sont devenues des infrastructures du quotidien, soumises aux mêmes exigences que n’importe quel acteur des services : utilité, cohérence, intégrité.
Pour les équipes communication et brand strategy, cette normalisation entraîne une conséquence directe : promettre de révolutionner un usage ne suffit plus à construire la préférence. Il faut désormais prouver qu’on simplifie réellement la vie des utilisateurs, et qu’on protège ce qu’ils confient.
Comme le résume Sana Lirin-Hales, cofondatrice de La Nouvelle Agence :
« La préférence repose désormais sur la démonstration d’utilité et sur la crédibilité en matière de données personnelles.
Pour les marques, cela implique un changement profond : la communication ne peut plus uniquement mettre en avant la performance ou l’innovation ; elle doit prouver la responsabilité. »
Méthodologie :
Etude Ifop pour La Nouvelle Agence, terrain du 14 au 19 janvier 2026, 1 000 Français de 18 ans et plus, méthode des quotas (sexe, âge, CSP, région, agglomération), recueil online. Évaluation de 50 marques selon 4 dimensions.


